Protection sociale: Lenteur et manque d’imagination
Un nouveau partenariat va permettre d’étendre les mesures de protection sociale dans le monde entier pour renforcer la lutte contre la pauvreté et l'inégalité croissante des revenus. Il sera porté par les dirigeants du monde, la Banque mondiale et l’Organisation internationale du travail (OIT). D’ores et déjà, de nombreux pays en développement ont mis en place des régimes universels de protection sociale. Particulièrement pour Madagascar, le pays dispose d’une politique nationale de la protection sociale depuis maintenant un an. Mais à part les mesures habituelles comme le système HIMO (Haute intensité de main d’œuvre) plutôt sporadique et la distribution annuelle de kits scolaires, rien de bien nouveau ne s’annonce à l’horizon pour les populations pauvres et vulnérables. Or, les individus vulnérables présentent une forte probabilité de plus de 50% de tomber dans la pauvreté sur le court terme, selon la politique nationale de protection sociale. La dernière Enquête auprès des ménages (EPM 2010) fait pourtant état de plus de 80% de population classés comme vulnérables, alors que 76,5% vivent déjà dans la pauvreté selon le seuil national de pauvreté.
Ainsi, une forte proportion de la population a un grand-besoin de mesures de protection sociale pour accéder aux services sociaux essentiels comme les soins médicaux, l’éducation, le logement décent, des infrastructures pour l’assainissement, l’hygiène, l’eau potable… Ce qui signifie que les mesures habituelles citées plus haut sont loin de suffire. Les dirigeants devraient être plus imaginatifs, notamment pour la stratégie ou le programme qui devrait sortir de la politique nationale de protection sociale. Il faut d’ailleurs faire preuve d’esprit innovant dans le sens où le basculement dans la pauvreté concerne des zones à problèmes comme les régions arides du Sud, les zones touchées presque régulièrement par les cyclones. On ne doit pas non plus oublier les ménages ruraux puisque plus de 80% des petits et moyens exploitants agricoles sont classés comme pauvres, les familles nombreuses, les familles avec plusieurs enfants en bas âge ou les ménages dont le chef est sans instruction ou un paysan. Toutes ces catégories de population risquent de voir s’aggraver la pauvreté qui les touchent déjà ou de basculer dans la pauvreté pour ceux qui n’y sont pas encore. Mais cette dernière catégorie ne concerne fort probablement qu’une infime partie de la population quand on sait que selon le seuil international de la pauvreté, 92% des Malagasy sont maintenant pauvres.
Et il ne faut pas oublier que suivant le seuil national de la pauvreté, 9 régions sur 22 présentent un taux de pauvreté supérieur à 80%, d’après l’Enquête nationale de suivi des Objectifs du millénaire de développement (ENSOMD) réalisée en 2012-2013. La liste étonne quelque peu puisque l’on y trouver les régions de la SAVA, du Vakinankaratra et de la Sofia. Comme quoi, la pauvreté gagne du terrain, alors qu’en face, les dirigeants ne font presque rien pour l’endiguer. La politique de protection sociale a pour objectif de faire bénéficier 50% de la couche de population vulnérable d’une couverture de protection sociale efficace d’ici 2030. Si la couverture de santé universelle est déjà envisagée au niveau du ministère de la Santé publique, elle met du temps à voir le jour. Quant à la distribution de kits scolaires, de nombreux enfants n’en bénéficient pas encore… Et on ne parle pas du faible taux d’accès à l’eau potable (40%), alors que l’eau sale est source de nombreux problèmes de santé et donc de dépenses supplémentaires pour les ménages, etc.
Fanjanarivo