Secteur extractif: Quel rôle pour les partenaires techniques et financiers ?
Certains partenaires techniques et financiers (PTF) tels que l’UE avec son programme DINIKA, ont développé leurs propres feuilles de route pour appuyer leurs engagements envers la société civile dans la durée. Pour appuyer ces efforts, six axes (ou priorités) d’intervention, qui contribueraient à renforcer le socle d’une société civile pérenne et porteuse de changement peuvent être proposées.
Ainsi, avance European Centre for Development Policy Management sous les analyses faites par Isabelle Ramdoo et Aimée Randrianarisoa, il s’agit , d’une part, de développer une (voire plusieurs) approche(s) d’appui à la société civile qui soit mieux adaptée(s) au contexte des Organisation de la société civile(OSC )locales et qui devront évoluer au contact du secteur extractif. Les OSC ont besoin d’être accompagnés de manière plus ciblées afin qu’elles puissent assumer pleinement leurs rôles. Il ne s’agit pas uniquement de renforcement de capacités (bien que souvent nécessaire). Il s’agit surtout d’affûter les techniques et de tactiques de négociation et de plaidoyer, d’être mieux outillé pour conduire des analyses approfondies sur l’impact du secteur sur tous les aspects de la société, de mener et de faciliter le dialogue (avec les sociétés et avec la population), de devenir un levier de mobilisation et d’engagement etc. Les OSC évoluent dans des conditions et dans des contextes spécifiques selon les régions, les enjeux et leurs niveaux d’intervention.
Nombre d’OSC ont déjà bénéficié de formation ou renforcement de capacités mais ne s’affichent pas encore capables de répondre aux attentes de la population. Il convient donc trouver de nouvelles approches qui favoriseraient cet accompagnement dans l’action pour aider les OSC à mieux traduire en dans les faits les formations acquises.
Et d’autre part (point II), de privilégier et accompagner des dynamiques multi-acteurs à tous les niveaux afin d’instaurer un vrai dialogue permanent entre les différents acteurs et une articulation fonctionnelle du niveau local aux niveaux régional et national. Le contexte dans lequel interviennent les OSC, s’inscrit dans une dynamique d’acteurs hétérogènes qui évoluent dans une sphère de politique économique complexe à Madagascar dans une période poste-crise. De plus, ces acteurs se situent à différents niveaux (national, régional, local) et les intérêts économiques et politiques de chaque groupe d’acteurs sont plus souvent divergents que convergents.
Pour mieux se positionner dans ce jeu d’acteurs, les OSC doivent se doter de moyens qui le permettent de fédérer, d’organiser, de coordonner, de faciliter et d’innover, selon les circonstances, afin de répondre aux exigences et au contexte changeant de la société civile dans un pays en pleine mutation. Cela leur permettra également de mieux apprécier les responsabilités des autres acteurs qui gravitent autour du secteur extractif, de créer des partenariats ou des coalitions avec ces acteurs et ainsi de faciliter le dialogue entre ces acteurs pour devenir un adversaire constructif et un « courtier » de solution à long terme.
A titre d’exemple, une stratégie innovante pour un processus de dialogue inclusif pourrait s’appuyer sur le concept CLIP (consentement libre, informé et préalable) comme outil de gestion de relations entre la population local et les industries minières (comme c’est le cas dans certains pays d’Amérique latine avec les communautés autochtones). Cela pourrait s’avérer utile surtout lorsqu’il s’agit de traiter les questions foncières ou les conflits avec la gestion d’autres ressources naturelles, notamment les ressources forestières.
En complément du point (II), il est nécessaire de favoriser et renforcer la connectivité horizontale, verticale et latérale au sein de la société civile. Les OSC sont des « alliés naturels » pour défendre des causes communes dans cette dimension multi-acteurs du secteur extractif. Cette alliance se requiert par une connectivité très solide entre les OSC de même niveau (horizontal), et entre les OSC qui défendent une même cause mais à différents niveaux - local, régional et national (vertical). En outre, il faudrait également encourager et soutenir des coalitions entre OSC et d’autres types d’acteurs (latéraux), tels les universités, les centres de recherche, les medias etc. pour dégager des synergies et renforcer les liens.
Il serait donc nécessaire d’appuyer cette connectivité tout en faisant ressortir le principe de subsidiarité entre les différents acteurs et toute en s’assurant de la transparence et la disponibilité d’information fiable pour soutenir l’engagement. Un accompagnement de proximité et régressif auprès de ces OSC leur permettra de se renforcer pour mieux « agir ensemble » et défendre leurs intérêts communs.
En outre, les mêmes études mentionnent qu’il convient également de valoriser et rendre fonctionnels les OSC existantes. Il existe déjà un bon nombre de mécanismes, d’espaces de concertation, d’instances de participation ainsi que d’outils qui ont été mis en place dans le cadre de la gouvernance des ressources naturelles, et du secteur extractif en particulier. Mais peu sont réellement fonctionnels et ne favorisent pas l’implication effective des OSC en tant qu’acteurs de gouvernance.
La redynamisation de ces « structures » à travers une approche plus innovante, en clarifiant davantage les droits et responsabilités des acteurs concernés et en pointant sur les rôles que devraient jouer les OSC contribuera à renforcer les conditions d’une meilleure participation par ces OSC.
De tout ce qui précède, les mêmes données font état qu’il importe de considérer davantage la recherche et accroitre l’accès à l’information. Avec l’émergence du secteur extractif, de nouvelles institutions, des centres de formation et recherche et de nouvelles filières au sein des universités se sont constitués. Le secteur extractif a également fait l’objet de nombreuses recherches et études par d’autres organisations. Il faudrait donc valoriser les conclusions des ces recherches en les traduisant en informations accessibles et compréhensibles, notamment pour que les OSC puissent les utiliser pour leurs analyses et plaidoiries. Cela permettra une meilleure compréhension des enjeux complexes qui se dessinent avec l’arrivée du secteur extractif. Il n’existe pas encore de base de données ou de répertoire accessible au public.
Comme mentionné supra, il est également nécessaire de cristalliser le lien entre les acteurs de la société civile et les institutions de recherche et les universités, sous forme de coalition multi-acteurs formelle par exemple, en vue de mutualiser les efforts et de renforcer les capacités d’intervention face aux entreprises et aux autorités publiques.
Enfin, et non des moindres les actions consistent à cibler et mieux encadrer les acteurs de changements. Avec l’essor du secteur extractif, certains acteurs de changement affichent de plus en plus leur volonté à s’engager, notamment à travers des initiatives plus adaptées aux réalités du secteur et endogènes car elles émanent des besoins locaux. Ces initiatives veulent s’inscrire dans la durée. Toutefois, pour l’instant elles restent embryonnaires et relativement faibles et même si ces acteurs de changement font partie intégrante de la société civile, ils sont trop souvent invisibles et /ou imperceptibles. Un accompagnement de ces acteurs plus ciblé (par exemple en soutenant certaines initiatives spécifiques ayant un mandat défini) est nécessaire pour qu’ils deviennent de véritables catalyseurs. Cela engendrerait des effets multiplicateurs pour une réelle appropriation des OSC de cette perspective de développement participatif issu du secteur extractif.