Lutte contre la pauvreté: Madagascar va à contre-courant !

«La baisse générale de la pauvreté en Afrique est essentiellement due à l’amélioration du climat des affaires et de la situation macroéconomique combinée aux prix élevés des produits de base ». C’est ce que l’on peut lire dans le rapport de transition 2016 publié en septembre dernier et portant sur les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD 2015) et les Objectifs pour le développement durable (ODD 2030). Ce document dressé conjointement par l’Union africaine, la Commission économique pour l’Afrique, la Banque africaine de développement (BAD) et le PNUD, permet ainsi de montrer a contrario le recul de Madagascar. Car sur les deux principaux facteurs qui contribuent à la régression de la pauvreté cités dans le rapport, le pays affiche des contre-performances. Le climat des affaires y est compliqué par l’instabilité politique qui devient le sceau du régime Rajaonarimampianina. Après les mouvements de déstabilisation orchestrés essentiellement par les députés dans le courant de la 1ère moitié de son mandat, le régime en place fait maintenant face à d’autres foyers de déstabilisation qui se situent cette fois-ci dans le microcosme politique et dans des mouvements sociaux.

Dans ce mauvais cocktail agrémenté de mauvaise gouvernance des affaires publiques, l’environnement des affaires ne peut que se détériorer. Les entreprises ne peuvent donc pas se développer et ne disposent pas, par la même occasion, de la capacité de créer de nouveaux emplois et de générer de la richesse. Pour la plupart, elles s’engluent dans la crise et se contentent d’assurer leur survie. Or, l’emploi est l’une des clés de la lutte contre la pauvreté. Quant à la création de nouveaux établissements censés contribuer à la création de nouveaux emplois et de la valeur, il n’y a qu’à jeter un coup d’œil sur les données de l’Institut national de la statistique (INSTAT) à travers les Tableaux de bord économique (TBE). Ces tableaux rapportent, entre autres, l’évolution de la création d’établissements formels. Et celle-ci recule dangereusement : elle a enregistré une régression de -25,6% au premier semestre 2016 selon le TBE de juillet dernier. Ce qui signifie que les entreprises existantes souffrent du mauvais climat des affaires, et les nouvelles potentielles ne voient pas le jour étant donné les risques trop élevés.

Concernant la situation macroéconomique, la Grande Ile est toujours loin d’afficher une pression fiscale de 12% et peine donc à financer l’investissement public. Pire, les dirigeants favorisent plus les dépenses de fonctionnement que d’investissement. Pour ce qui est de l’inflation, elle demeure trop élevée pour une population dont 77% vivent dans l’extrême pauvreté. Certes au niveau continental, la réduction de moitié de la pauvreté n’a pas été atteinte selon les OMD 2015. Mais 19 pays ont réussi à afficher dès 2012 des bons résultats concernant la lutte contre l’extrême pauvreté. 7, à savoir le Swaziland, le Botswana, la Namibie, la Guinée, l’Afrique du sud, l’Egypte et la Tunisie, sur les 19 ont déjà atteint cet objectif ou l’ont dépassé alors que les 12 autres étaient en voie de le réaliser. Cette liste de 19 pays compte des pays subsahariens comme Madagascar. Pourquoi ont-ils réussi là où la Grande Ile a lamentablement échoué ? Aucun des OMD dont la lutte contre la faim et la pauvreté n’a été atteint par Madagascar en 2015.

Fanjanarivo

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