67 Ha Nord: Trois pickpockets lynchés

Au cours de ces deux derniers mois, selon le rapport du chef Fokontany 67 Ha Nord, un quartier se situant en plein cœur de la capitale politique malgache, Antananarivo, 3 présumés voleurs à la tire ont attiré les foudres de la population. Sommairement, sans autres formes de procès, ces trois individus ont été lynchés sans vergogne par une foule en liesse.
Ces derniers temps en effet, dans l’ensemble du territoire de Madagascar, de la ville en campagne, la vindicte populaire est devenue le seul et l’unique espoir pour tout un peuple de rendre justice. A titre d’exemple, l’une des plus meurtrières, ces cinq dernières années, est fort probablement celle de Mananara Nord, survenue en mars 2015, faisant sur le coup, 6 victimes. Et selon les témoins, leur exécution a même eu lieu sous le nez des forces de l’ordre.
Bien que la peine de mort soit abolie et réprimandée par des lois internationales, excepté dans de rares pays où elle reste en vigueur, la vindicte populaire, s’apparentant à la « charia » ou encore à la « loi du talion » selon laquelle la sentence devrait coûte que coûte équivalente à l’offense, remet carrément en question, ou pour être un peu plus proche de la vérité vraie, dénie le concept fondamental de l’Etat de droit.  Ainsi, traduit-elle donc un désir ardent des Malgaches à instaurer cette autre forme de rendre justice par le sang où le seul mot d’ordre serait « œil pour œil, dent pour dent » ?  Je pense qu’il est encore trop tôt de répondre par l’affirmative. Nonobstant, en l’état actuel des choses, force est de reconnaître que cette pratique reste la conséquence directe et immédiate du manque de confiance généralisée à la chaîne pénale; gangrenée par  une corruption métastasée ; de la base au sommet. En fait, les citoyens estiment que les présumés coupables, dans la majorité des cas, sont toujours relâchés…qu’ils soient au niveau de la police, de la gendarmerie, des tribunaux voire de l’administration pénitentiaire, il suffit de verser un pot-de-vin, dont l’importance dépend et de l’échelon et de l’affaire, pour en bénéficier. D’ailleurs, il n’est plus un secret pour personne qu’à Madagascar, la loi, très souvent incarnée par la personne physique du chef de l’Etat, ne protège que, d’abord sa famille, ensuite son cercle d’amis et enfin celui ou celle qui est prêt à payer…et ce quel que soit le poids du préjudice au bien-être d’un tiers ou encore plus aux intérêts supérieurs de la Nation.
Rivo Raphaël Chreçant