Traque des trafics illicites: Rien que du trompe-l’œil !

Saisie d’or, de tortues, de bois de rose… Ces quelques opérations ne sont que l’arbre qui cache la forêt de trafics et réseaux qui impliquent des hauts responsables étatique, tant au niveau local que central. Sans cela, les autorités auraient dû ne pas seulement médiatiser ces saisies mais aller jusqu’au bout, c'est-à-dire médiatiser aussi le cours des procès y afférents ainsi que les coupables désignés par les tribunaux. Mais le jeu de la transparence est tronqué. Les autorités veulent tout simplement montrer aux yeux de l’opinion publique qu’elles luttent contre ces trafics alors que dans la plupart des cas, ce n’est que de la poudre aux yeux. Voilà pourquoi la douane organise des conférences de presse à l’aube ou en pleine nuit pour faire savoir que des saisies ont été effectuées à son niveau. D’autres autorités font de même concernant quelques saisies de bois de rose, de marchandises périmées, etc. Certes, les saisies font partie des actions entrant dans la traque des trafics illicites, mais elles ne font pas tout, notamment en matière du respect de l’Etat de droit. Les différents auteurs des trafics devraient être traduits devant la justice et répondre de leurs actes. Il est tout à fait compréhensible de taire l’identité du trafiquant qui a essayé d’expédier 24 kg d’or saisis dans le courant de cette semaine. La douane a respecté ainsi la présomption d’innocence.

Mais les différentes autorités concernées iront-elles jusqu’à médiatiser l’identité des coupables une fois l’affaire jugée par le tribunal ? Rien n’est sûr à ce propos. On se rappelle, en effet, l’affaire Bekasy Johnfrince, le supposé trafiquant de bois de rose épinglé sous le régime Rajaonarimampianina. Le Bureau indépendant anticorruption (Bianco) appuyé par les preuves apportées par des organisations de la société civile a fait son travail. Mais une fois au niveau de la chaîne pénale anti-corruption, Bekasy a été relâché sans autre forme de procès. Les autorités n’ont rien médiatisé sur le sujet. Elles ont fait pareil sur la suite qui aurait dû être donnée à cette affaire. C’est la politique de la bouche cousue, laquelle laisse entendre que des hauts responsables auraient été de mèche avec ce supposé trafiquant. Et qu’en est-il de la saisie de 300 000 euros au cours de la transition ? Personne ne sait ce qu’il est advenu de l’auteur de ce trafic et de ses complices, ainsi que du sort de ce gros montant. Quant aux produits des saisies, les autorités se contentent d’annoncer qu’ils ont été déposés ici ou là. Mais quid de la suite ? Ces produits ont-ils été réexportés ou ont-ils fait l’objet de vente aux enchères ou… ? Personne ne sait par exemple ce qu’il est est des bois de rose stockés un temps à Iavoloha du temps de la transition.

En réalité, c’est l’opacité totale sur la suite des saisies tonitruantes effectuées sous n’importe quel régime. Le pouvoir actuellement en place ne fait pas exception, alors qu’il assiste à un boom des trafics de bois de rose, de tortues, d’or. Il brandit pourtant la nécessité d’instaurer l’Etat de droit. Mais ces déclarations ne sont pas suivies d’actes concrets. A titre de rappel, les trafics de bois de rose à eux seuls sur la période 2009-2014 sont estimés par les experts à 800 millions de dollars. Ce qui représente 35% du budget de l’Etat pour cette année 2016 ! Où est l’Etat de droit dans une telle situation ? Nulle part !

Fanjanarivo

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