Extrême pauvreté: Les inégalités, comme première responsable
La vie luxueuse des dirigeants est assortie de déplacements fréquents à l’étranger, de shoppings dans des boutiques de marque, de véhicules rutilants à bord desquels les occupants ne sentent pas les cahots des routes défoncées et n’aperçoivent pas les grappes de mendiants qui vont par famille sur les trottoirs… En face pourtant, il y a ces mendiants justement, les jeunes qui se faufilent entre les voitures pour vendre à la sauvette tout et rien, les fripiers et autres marchands qui étalent leurs marchandises sur les trottoirs… La liste est longue si l’on doit égrener les misères de la grande majorité des Malagasy. Lors d’une conférence ayant réuni à Paris courant 2015 des statisticiens de renommée, ces derniers ont avancé que 1% de la population malagasy continue à étouffer les 99% restant. La très faible proportion citée plus haut et qui évolue pour la plupart dans la sphère du pouvoir politique, profite plus ou moins illégalement des richesses du pays. Sans cela, on n’aurait pas assisté aux trafics de ressources naturelles en tous genres, à la mauvaise gouvernance de la grande majorité des entreprises publiques, à un foisonnement des marchés publics adjugés au gré à gré…
La clé pour mettre fin à l’extrême pauvreté d’ici 2030 réside pourtant dans la lutte contre les inégalités, selon un nouveau rapport de la Banque mondiale publié le 2 octobre dernier. Partout dans le monde, l’extrême pauvreté continue de reculer. Ce n’est pas le cas à Madagascar. Le pays va à contre-courant de cette belle tendance : il a affiché un taux de 54% en 2012 et enregistre maintenant 60 à 77% selon les sources (60% pour la Banque mondiale et 77% pour les Nations unies). Au-delà de la querelle des chiffres, il faut remarquer que l’extrême pauvreté avance à Madagascar. Cela signifie que les inégalités aussi, si l’on considère a contrario le principal facteur de lutte contre l’extrême pauvreté avancé par la Banque mondiale. Autrement dit, les riches continuent à s’enrichir et il s’agit essentiellement des dirigeants politiques. Cependant, les pauvres continuent de s’appauvrir et nombreux sont ceux qui basculent dans l’extrême pauvreté. Les inégalités se creusent continuellement. Elles font partie des facteurs qui alimentent les mécontentements, lesquels sont facilement exploitables par des politiciens qui rêvent d’accéder au pouvoir en déstabilisant le régime en place.
C’est l’une des raisons pour lesquelles ce dernier est marqué du sceau de l’instabilité depuis son avènement en 2014. Et plus le pouvoir politique est instable, plus il aggrave les inégalités sociales puisqu’il participe à instaurer un climat délétère, favorable, entre autres, aux trafics illicites et donc à l’enrichissement rapide mais illégal. Par la même occasion, il ne peut pas engager des programmes de développement à même de lutter contre l’extrême pauvreté. Ils sont trop préoccupés par la défense de leurs propres intérêts plutôt personnels que politiques mais qui sont menacés par les mouvements de déstabilisation. Un tel contexte ne milite pas en faveur de la lutte contre l’extrême pauvreté. C’est pourquoi la mise en œuvre de politiques sectorielles comme celle sur la protection sociale tarde. Les miséreux n’ont donc que leurs yeux pour pleurer.
Fanjanarivo