Tarif taxi-be: Le régime casse la hausse
Pour l’Union des Coopératives du Transport Urbain (Uctu) qui a pris l’initiative d’augmenter le tarif des taxis be dans la capitale, la mayonnaise ne prend pas. Lors du jour J hier, beaucoup de coopératives qui ont respecté le mot d’ordre se sont ensuite rétractées. Elles se sont réalignées dans l’après-midi sur l’ancien tarif. Les « réfractaires » d’hier pourraient dans les prochains jours suivre le mouvement de reflux. Ayant saisi le caractère stratégique de l’affaire, le régime a fait montre d’inventivité et a tout mis en œuvre pour casser la hausse. Voici la tactique qu’il a déployée pour faire échec à l’initiative de l’Uctu.
En premier lieu, le régime est intervenu pour baisser les prix du carburant à la pompe. Le gasoil notamment a connu samedi une chute de 100 ariary le litre. Les techniciens du ministère de l’Energie et des Hydrocarbures ont brodé sur l’autonomie des distributeurs pétroliers, mais personne n’a été dupe: la baisse est à mettre sur le compte du régime, lequel a samedi mis en évidence son accointance avec les majors pétroliers sur la fixation du tarif du carburant. L’initiative visait à pulvériser l’argument de l’Uctu sur le rôle du prix à la pompe dans l’envolée du coût d’exploitation. Le tarif ayant été rabaissé, il n’y avait plus de raison d’augmenter le tarif des taxis be…
En second lieu, des présidents de coopératives favorables au régime (il y en a !) ont été encouragés à conserver l’ancien tarif. La chaîne officielle TVM a dès le week-end largement rapporté les propos de ces chefs qui ont refusé la hausse, ceux-ci annonçant notamment que leur position « était dictée par le patriotisme ». La même séquence a été abondamment diffusée sur les TV privées, moyennant finances (officielles) mais sans faire apparaître la mention publireportage. Par ce battage, on entendait isoler l’Uctu et présenter son initiative comme unilatérale et n’ayant bénéficié d’aucun consensus chez les transporteurs.
En troisième lieu, fidèle à un penchant qui s’est manifesté récemment contre les opposants de Fianarantsoa, le régime a mis à contribution des gros bras, lesquels ont hier pris à partie les véhicules qui ont appliqué la mesure de hausse. Le public, favorable au maintien du tarif, a par endroits pris le parti de ces énergumènes et a participé au chahut. L’initiative voulait intimider l’Uctu et mettre en évidence le caractère impopulaire de la hausse.
En tout cas, diabolisée aux yeux de la population et isolée dans le monde du transport, l’Uctu pourrait ne pas supporter le traitement et est appelée à revenir sur l’ancien tarif. Si la mesure de hausse est rapportée, c’est pour ainsi dire « tout bénéf » pour le régime. Car il prévient un boom des récriminations et désamorce une situation sociale de plus en plus explosive. Par ailleurs, en faisant échec à la mesure de hausse, il se pose en défenseur des intérêts des petites gens et voit sa cote remonter chez le public. Face à un régime particulièrement déterminé, l’Uctu ne pouvait que faire …marche arrière.
Adelson RAZAFY