Forum sur les lois électorales: La charrette avant les bourriques

Les séminaires, les forums et réunions pour les conceptions des textes de lois avant que l’exécutif s’en charge pour cannibaliser les données réunies, le pays en a connu depuis des lustres. C’était toujours la foire aux idées. Une fois c’était pour débattre de futilités de quelques partis désireux d’occuper les méninges de ses adhérents. Puis, on est passé à des objectifs plus sérieux et plus terre à terre, parce qu’après la chute des murs de Jéricho en 1991, il fallait mettre en chantier un arsenal de textes destinés à empêcher l’Amiral Didier Ratsiraka de gérer le pays s’il parvient à faire une opération de rétablissement. Malheureusement pour son successeur le Pr Albert Zafy, la constitution sur mesure confectionnée intentionnellement pour gêner le président sortant a servi pour l’empêchent du cardiologue.

Puis après le retour au pouvoir de Didier Ratsiraka, sous la conduite éclairée d’un juriste expert dénommé Honoré Rakotomanana d’une concertation à l’autre, après avoir vagabondé dans toutes les provinces de l’île pour gagner du temps, la loi fondamentale sur les provinces autonomes a été enterrée par Marc Ravalomanana après la débâcle de 2002. Sous la poigne de fer, la gestion des affaires étatiques se passera des vœux pieux des hommes politiques que le fondateur considère comme moins que rien. L’exercice du pouvoir solidaire l’avait permis de diriger  Madagascar comme bon lui semblait au profit de l’intérêt de son empire commercial et industriel du groupe TIKO. Le parlement tout entier était pratiquement à sa botte pour fabriquer des  textes de lois selon sa convenance jusqu’à ce qu’Andry Rajoelina et les mutins du Camp CAPSAT l’oblige à fuir en Afrique du Sud.

Puis, la mauvaise habitude de faire semblant de consulter une large frange d’acteurs politiques et de la société est revenu à plusieurs reprises jusqu’à ce que la Haute Autorité de la Transition arrive à pondre un loi constitutionnelle destinée à faciliter la tâche au président de celle-ci. Amère déception, l’option « ni, ni…» empêchera les artisans de la Constitution mal plébiscitée du 11 décembre 2010 (à cause des péchés folkloriques traditionnels du paysage politique malgache), de propulser l’ambitieux jeune meneur de la Révolution Orange. A la grande déception des militants du TGV, c’est le candidat snobé lors des primaires d’Andranomena au profit d’Edgar Razafindravahy qui brûle la politesse à Andry Rajoelina. L’ancien ministre des Finances et du Budget parvient à retourner la situation en devenant un candidat de substitution de Kolo Roger et du Dr Jules Etienne…Au grand désappointement de son ancien patron durant la Transition, Hery Rajaonarimampianina ira même jusqu’à profiter des avantages tactiques des astuces juridiques et institutionnels de la fondamentale programmé pour un autre (avoir le dernier mot pour le choix du Premier ministre et la haute main à l’Assemblée nationale).

Voilà qu’après les effervescences consacrées à gommer les retombées négatives des turbulences des motions à étages de la déchéance visant le Chef de l’Etat et de censure ratée à l’endroit du Premier ministre Jean Ravelonarivo, les gens du pouvoir n’arrêtent pas récidiver. On fait  semblant de consulter des députés au Palais d’Iavoloha pour tuer dans l’œuf toutes tentatives pour défier ou contrer de front l’exécutif. Exemples spectaculaires les multiples colloques qui n’ont abouti qu’à des lois liberticides sur la communication. A la clôture hier à l’Hôtel Carlton, de la Formation BRIDGE, un atelier de concertation avec les partis politiques sur la révision du cadre légal régissant les élections, l’ensemble des participants n’ont pas caché leur optimisme quant aux objectifs visés. Très satisfaits par le déroulement des débats par les diverses commissions, ils ne cachent pourtant pas leur méfiance. Echaudés par cette  tendance à la manipulation de l’exécutif qui ont la mauvaise habitude de mettre la charrue avant les bœufs. Ils appréhendent que les diverses phases de leurs efforts servent finalement de justificatifs à des dérives aboutissant à des lois scélérates avec cette connivence institutionnelle entre le Parlement et l’exécutif d’un côté et la décision en dernier recours d’une Haute Cour Constitutionnelle visiblement favorable aux intérêts de la Présidence de la République. Se souvenir de ce pacte de responsabilités pour sauver la mise à qui ? Sur le long terme, pas tous bien entendu, les participants ont peur d’être tournés en bourriques avec la charrette des vœux pieux jetés aux orties de ces journées de concertation devant eux.

N. Razafilahy

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