Randonnées présidentielles : à la conquête des électeurs

Il ne se passe presque plus une semaine sans que le président de la République ne se rendent dans les lointaines localités hors de la capitale. Si les simples n’y voient que la volonté politique de se rapprocher toujours un peu plus des  administrés, les observateurs et surtout les acteurs politiques ne sont pas dupes. On ne fait pas preuve d’une telle disposition à satisfaire les besoins matériels des écoliers des provinces et certains enseignants depuis longtemps indisposés par les attitudes méprisantes, sans arrière-pensée électoraliste. Vous en doutez ?

Il suffit de suivre à la trace l’itinéraire suivi par la caravane présidentielle pour constater les passages dans les provinces passent toujours dans les circonscriptions à risques pour le parti HVM à cause de l’emprise supposée des militants de quelques têtes politiques fameuses sur l’électorat local. La récente kermesse lors de l’inauguration de la réhabilitation et modernisation du Centre Hospitalier  Universitaire d’Analakininina et du Centre Vonjy, accouplée aux réjouissances a été programmée pour prouver à l’opinion que les dirigeants se consacrent de manière spectaculaire aux obligations sociales du système. Et c’est de la façon la plus solennelle que tous les responsables étatiques avaient montré en public qu’ils «ont pour mission principale de servir la population et la Nation toute entière». Il y a eu des efforts indéniables dans le cadre de  renforcement des compétences, «dans plusieurs domaines : leadership, management, techniques chirurgicales, stérilisation des blocs opératoires et des salles d'accouchement, l'hygiène et l'assainissement, la maintenance hospitalière, la chirurgie ambulatoire, la chirurgie plastique, l’intervention contre la fistule obstétricale, l'utilisation de mannequins spécifiques ou laboratoire de compétences pour les étudiants en chirurgie, ainsi que les formations en échographie ».  Personne ne peut lui reprocher d’avoir reconnu qu’ «il est temps de guérir le pays,… »,  non pas cette propension imaginaire à la critique qu’on attribue à tort à tous ceux qui trouvent qu’il y a matière à critiques dans les  errements de l’exercice des fonctions étatiques. Sur ce point, il  était sur la même longueur d’onde avec le message des évêques qui affirmait sans fioriture «Madagascar est malade ; certains osent même dire qu’il est en train d’agoniser… »  

Qui oserait prétendre que la société civile et la chrétienté se gourent et elles accusent à tort les barons du régime d’être à l’origine du « désordre dans la vie politique et économique » qui empoisonne le quotidien de tout un peuple à qui on avait pourtant promis un monde meilleur ? Après une double offensive retentissante médiatisée à fond dans son fief, il faut reconnaître qu’un Roland Ratsiraka relégué actuellement au rang d’un gentil organisateur  de circuits touristiques aura du mal à damer le pion au candidat Hery Rajaonarimampianina au pays  Betsimisaraka. L’effet tâche d’huile aidant, partout où il est passé ce président sortant, les prétentieux qui s’imaginent pouvoir lui tenir peuvent aller se rhabiller. La messe est dite. Et la fête n’est pas  finie. Dans les prochains jours, l’invasion de la région du Melaky ne manquera pas de dissuader ce qui reste des électeurs de Voninahitsy Jean Eugène, Houssen Abdallah et les autres croiser le fer avec l’homme fort de la 4ème République. Après les  séductions de charmes énergiques et solaires des bastions des personnalités du MAPAR  dans le Boeny, cette campagne de propagande avant l’heure qui ne dit pas son nom finira par couvrir tout le territoire national. Il ne restera plus alors question pour le parti présidentiel qu’à attendre le jour des votes. Après avoir assuré la maîtrise spatiale totale des bureaux de vote, parce que les pourvoyeurs des finances réservées pour n’ont aucun souci à se faire là-dessus. Ce n’est pas pour des cacahuètes que les hommes du président se sont organisés pour engranger des milliards auprès de ceux qui avaient besoin des interventions solides pour bénéficier de certains privilèges, passe-droits pas toujours licites et même de l’impunité souvent…

Vous avez là un panorama pas très rassurant de l’inégalité des rapports de force entre un candidat potentiel dotés de tous atouts et prérogatives étatiques pour affronter n’importe quel téméraire assez entêté pour entrer dans la danse. Rien pourtant ne permet d’affirmer que même avec les avantages que lui donne sa présence à la tête de la République, l’ancien ministre des Finances et du Budget de la Transition risque pas les mauvaises surprises des souvenirs pas très reluisants d’un passé qu’en face on ne manquera pas d’exhumer.

N. Razafilahy 

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