Bonne gouvernance: Ils sont tous ... mauvais !
Champion d’Afrique de la mauvaise gouvernance ! C’est le triste palmarès attribué à Madagascar par la fondation Mo Ibrahim, du nom de l’ancien opérateur anglo-soudanais qui a décidé d’affecter son immense fortune amassée dans la téléphonie au service de la gouvernance en Afrique.
Notre qualification est exagérée par rapport au classement général établi par la fondation qui a été publié au début de la semaine. Sur la dernière décade allant de 2006 à 2016, Madagascar est, en effet, classé 33ème sur 54 pays en matière de gouvernance avec une note en dessous de la moyenne (48 ,5) qui nous distancie de nos voisins directs : Maurice, Seychelles, l’Afrique du sud et même les Comores lesquels sont tous au-dessus de la moyenne avec un maximum 79,9 % pour Maurice. La grande île de l’Océan indien se distingue surtout par son évolution durant ces dernières années. D’après l’indice Ibrahim de gouvernance en Afrique (IIAG), on est bon dernier avec une régression de 7,6 % en dix ans.
Et on l’est vraiment quand on sait que Madagasar est coincé entre l’Erythrée (-5,6) et la Libye (-18,0) dans le peloton de queue du classement
D’après un article du journal « Le Monde », la dégringolade de la Lybie s’explique par « le chaos guerrier qui s’y est installé depuis la chute du régime Kadhafi » tandis qu’on ne s’étonne pas de l’Erythrée, « parfois qualifiée de “prison à ciel ouvert”, dont personne n’attend grand-chose » Et Madagascar ?
Selon toujours cette publication, « l’île ne fait pas trop mauvaise figure. Mais sa chute de 7,6 points est la deuxième plus forte du classement, après celle de la Libye. Les facteurs sont multiples : sécurité et Etat de droit, opportunités économiques et développement humain. De fait, Madagascar affiche un triste record : son indicateur de corruption et de bureaucratie a reculé de… 78,1 points (sur 100). Même les infrastructures, pourtant en hausse sur le continent, ne sauvent pas l’île, qui est l’un des dix pays à voir ce domaine se détériorer ».
L’IIAG est publié peu de temps seulement après l’indice de compétitivité mondiale de World Economic Forum qui est l’une des principales sources de la fondation Mo Ibrahim. L’IIAG confirme d’ailleurs les conclusions de la semaine dernière (lire notre article du lundi 03 octobre 2016 : « Compétitivité mondiale : Madagascar, toujours dernier !»).
A la veille du sommet du Comesa et à moins de deux mois du sommet de la francophonie, ces conclusions d’organes indépendants n’honorent pas du tout Madagascar. Pire, la perception du public est que l’organisation offerte par la Grande Ile à ces deux grands rendez-vous serait à priori conforme à l’image de Madagascar rapportée par le grand quotidien français « Le Monde » qui est une référence dans le monde francophone, et les médias africains sur la base des études de la fondation Ibrahim. On sera fixé à partir de la semaine prochaine avec le sommet du Comesa.
A entendre l’opinion, ce sommet comme celui de la francophonie n’intéressent guère la population. Le manque de communication et surtout de mobilisation faisant de ces rencontres de grandes manifestations populaires impliquant l’ensemble de la population malgache, y est pour quelque chose. Mais ce désintérêt s’explique aussi par les préoccupations de la vie quotidienne et les inquiétudes sur l’avenir. ¨Mieux que jamais, le Malgache se demande de quoi demain sera fait.
Marc Ravalomanana qui affiche ouvertement son ambition de revenir au pouvoir, multiplie tous les moyens pour se faire voir et imposer son aura. Il oublie pourquoi il a dû démissionner. En plus, il traîne des casseroles comme les centaines de milliards d’arriérés d’impôts et les litiges fonciers avec l’Etat. Et jusqu’à preuve du contraire, il ne peut pas se présenter du fait de sa condamnation.
Andry Rajoelina ne fait pas mieux. D’ailleurs, il se terre en France où d’après les rumeurs, il suivrait des cours en science politique en vue d’un retour sur la scène. Il espérerait ainsi relever les manquements durant la transition alors que ses lieutenants sont en train de chercher les voies et moyens de survivre à la razzia de Hery Rajaonarimampianina.
Le clan du président de la République fait, en effet, tout pour réunir toutes les conditions de réélection en 2019. Tant pis pour M. Ravalomanana et le TIM. Tant pis pour Andry Rajoelina dont les élus Mapar vont changer de veste avec la saison. Tant pis pour le mouvement des opposants qui n’ont d’ailleurs aucune confiance de la population. Qu’ils sachent que leurs actions ne sont pas suivies par la population tout simplement parce qu’ils ne sont pas crédibles. Mais que le président Rajaonarimampianina et son régime ne pensent pas non plus qu’indépendamment de la répression des forces de sécurité, leur pouvoir tient par la volonté du peuple. Le pays est plutôt dans un cul de sac. La population ne sait pas quoi sur qui donner sa confiance.
Salomon Ravelontsalama