EDITO: Manque de confiance aux institutions
Plus de 50% de la population n’ont pas confiance aux institutions publiques.C’est la moyenne mondiale selon le baromètre Edelman 2016, un des classements de renommée internationale cités par la Banque mondiale. C’est le taux le plus élevé jamais enregistré en termes de manque de confiance des citoyens envers les institutions depuis 16 ans. Le baromètre indique également que le gouvernement reste l’institution la moins fiable pour la 5ème année consécutive. Si telle est la réalité au niveau mondial, Madagascar devrait connaître une situation plus critique. La progression rapide de la paupérisation est telle que de plus en plus de citoyens avancent que le pays ne donne plus l’impression d’être géré par qui que ce soit ! Autrement dit, les institutions n’existent plus à leurs yeux que par leurs noms et par leurs dirigeants qui mènent une vie luxueuse, à des années-lumière de leur propre quotidien. L’enquête d’Afrobaromètre (réseau indépendant des chercheurs africains) sur la sortie de crise en 2013 montre que 45% des Malagasy trouvent que la situation économique est mauvaise s’ils sont 21% à la juger très mauvaise, contre 7% en 2005. Comme quoi, 66% ne jugent pas la situation économique comme bonne. En revanche, seul 1% la trouve très bonne !
Et depuis 2013, la situation économique des ménages se dégrade. On peut l’observer à travers les grosses difficultés des parents pour financer la rentrée scolaire, le déversement de familles entières en tant que mendiants sur les trottoirs de la capitale, le foisonnement des petits métiers de survie, etc. Parler de confiance envers les institutions publiques ne veut donc rien dire pour une large majorité des Malagasy. La proportion de cette population devrait dépasser allègrement la moyenne mondiale. Pour le baromètre Edelman 16ème édition, les inégalités et les attentes divergentes amènent la population à manquer de confiance aux institutions. Et c’est le cas à Madagascar. Les inégalités se creusent entre les chefs et responsables des institutions, d’une part, et la population, d’autre part. Il n’y a qu’à revenir, par exemple, sur les salaires et indemnités des parlementaires. Ils peuvent aller jusqu’à 3 millions Ar par mois pour les députés. Théoriquement, un député dispose d’un revenu de 100 000 Ar par jour, soit plus de 26 fois le revenu quotidien de ses électeurs pauvres ! De quoi cultiver la méfiance de ces derniers envers ces élus.
Mais les parlementaires ne sont pas les seuls concernés. D’aucuns peuvent remarquer les véhicules rutilants des dirigeants qui roulent à vive allure. Une vitesse qui ne permet pas aux occupants d’apercevoir la misère noire qui se répand sur les trottoirs. Cette misère se traduit sous forme de mendiants, de marchands à la sauvette pourchassés par la commune urbaine d’Antananarivo, de grappes de jeunes chômeurs… Certes, les citoyens des pays développés comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou encore la France manquent aussi de confiance envers leurs institutions, mais sur la Grande Ile, les inégalités n’ont pas de commune mesure. Le baromètre Edelman avance toutefois que ce problème a des conséquences potentielles négatives. Il cite la montée de politiciens populistes qui n’ont pas forcément l’envie d’améliorer les choses, notamment en termes de gouvernance. Il y a aussi le blocage de l’innovation, l’apparition du protectionnisme ou encore le nationalisme étroit…
Recueillis par Fanjanarivo