Investissements étrangers: Un enfer contre un autre
Les grandes invasions militaires d’autrefois ont laissé la place à des agressions étrangères plus sournoises. Les malgaches en font l’amère expérience. Ils croyaient avoir tout vu avec les français, les indopakistanais, les américains, les allemands, les comoriens, les mauriciens, les thaïlandais et les sri-lankais. Ils sont désemparés par l’arrivée en force d’une nouvelle vague de chinois qui paraissent plus agressifs et conquérants que ceux qui sont installés depuis des décennies sur le territoire malgache. Les abus des chinois ne se limitent pas à l’exploration minière. Ils font la loi, ou plutôt ils la contournent, également dans le girofle et la vanille. Toutefois, on aurait tort de diaboliser les investisseurs chinois qui ne sont pas plus hors-la-loi que d’autres étrangers. L’amertume ressentie par les malgaches envers les chinois à Soamahamamanina ne doit pas être plus grande que l’animosité légitime des malgaches vis-à-vis des français concernant les Iles Eparses. Dans les deux cas, il y a une spoliation de terres. D’une manière plus large, les abus perpétrés par les chinois ne doivent pas occulter ceux commis par les français (dans les infrastructures et les hydrocarbures), les mauriciens (dans les secteurs bancaire et agricole) et les indopakistanais (dans l’importation, le commerce et l’immobilier). Il ne faut pas se tromper de cibles ni de combats. Les investisseurs étrangers ne sont pas des ennemis de la nation lorsqu’ils sont respectueux des lois et qu’ils génèrent des richesses, des emplois et des taxes. Le désordre actuel résulte avant tout du haut niveau de corruption de nos dirigeants. En échange de commissions versées à l’étranger, ils ferment les yeux sur toutes les violations de la loi commises par certains investisseurs avides d’un retour sur investissement rapide. C’est un engrenage mafieux, basé sur le principe donnant-donnant, qui ne profite pas à l’intérêt général. Les abus des chinois sont flagrants et répréhensible mais il ne faut pas tourner le dos à la Chine pour mieux étreindre la France. Ce serait troquer un enfer contre un autre. Un investisseur français escroc ne vaut pas mieux qu’un investisseur chinois voyou. Paradoxalement, nous avons besoin absolument des investissements chinois, mais aussi américains, russes et indiens, pour contrebalancer la volonté d’hégémonie de l’ancienne puissance coloniale dans la Grande Ile. Il faut accueillir à bras ouverts tous les investisseurs étrangers à condition qu’ils se plient aux lois de la République et que les autorités malgaches leur réservent un traitement égalitaire.
PN et Folojaona
Commentaires
S’abonner au flux RSS pour les commentaires de cet article.