Conjoncture : « Un contexte économique et financier est chancelant »
Le terme est du ministère des Finances et du Budget. Dans le budget des citoyens qu’il a publié récemment, il a expliqué le pourquoi de la loi de finances rectificative 2016. Ainsi, il a notamment évoqué comme raisons macroéconomiques « un contexte économique et financier chancelant » et une « timide reprise des activités économiques ». Notons toutefois qu’à travers le budget des citoyens, le ministère a déployé des efforts pour expliquer aux citoyens de manière simplifiée et en trois langues (malagasy, français et anglais) les lois de finances. Ce pas vers la bonne gouvernance financière mérite d’être souligné. Seulement, la situation macroéconomique et économique n’est pas reluisante. Ce qui signifie que la crise socioéconomique est loin de se résorber 2 ans et 9 mois après l’avènement du régime Rajaonarimampianina. Et tous les secteurs sont affectés. Ils sont tous dans le rouge, c'est-à-dire que toutes les prévisions sont revues à la baisse par rapport à celles de la loi de finances initiale. Pour le secteur primaire, le problème vient essentiellement des incertitudes sur le financement extérieur de certains projets agricoles.
De 3,3% dans la loi de finances initiale donc, la croissance du secteur agricole devrait finalement se situer à 2,8%. Par la même occasion, cette baisse affecte le secteur primaire incluant l’élevage, la pêche et la sylviculture. Au lieu d’une croissance de 4,5% donc, le secteur n’enregistrera que 4,1%. Quoi qu’il en soit, il est clair que le secteur agricole dépend largement des aides extérieures. Si l’élevage et la pêche bénéficient de quelques projets, l’agriculture évolue à coup de projets financés par les bailleurs de fonds. Une situation qui ne lui a jamais réussi depuis l’indépendance. Or, ce secteur est fort probablement l’un des rares à avoir eu des soutiens financiers massifs de la part des bailleurs de fonds. Le résultat est pourtant très mitigé : la pauvreté est toujours plus marquée en brousse qu’en ville. La forte dépendance autorise les bailleurs de fonds à imposer leurs visions et stratégies qui ne correspondent pas forcément aux principes et besoins réels des paysans. Citons le regroupement en associations ou en de quelconques entités, une approche pour laquelle les paysans sont souvent très réticents.
Mais pour bénéficier des appuis des projets comme la formation et le financement, ils doivent s’y faire malgré eux. Ce n’est pas étonnant si les associations se désagrègent après la clôture des projets et n’aboutissent pas à quelque chose d’efficace et de pérenne. Pour le secteur secondaire, la prévision de croissance passe de 5,7% à 4,9%. Cette baisse s’explique par le recul de l’agro-industrie dont la croissance initiale de 7,5% devrait finalement se situer à 6,4%. Pour un pays à gros potentiel agricole, cette situation reflète les problèmes de développer l’industrialisation et d’extraire, par la même occasion, les paysans de la misère. En réalité, le pays est loin de prendre le chemin de l’industrialisation pour différentes raisons. Il y a le coût élevé de l’énergie qui accapare jusqu’à 40% des coûts de production industrielle, la concurrence déloyale de nombreux produits importés frauduleusement ou affichant des prix bradés car issus du blanchiment d’argent sale… Quant au secteur tertiaire, la prévision est revue à la baisse malgré les chantiers de construction liés à l’organisation du sommet de la francophonie. Quoi qu’il en soit, il faut remarquer que les raisons avancées pour l’adoption de la loi de finances rectificative est comme un aveu d’incompétence du pouvoir en place en matière de croissance et de développement.
Fanjanarivo