Grâce à Soamahamanina: Les Eglises contre l’oppression

On n’a guère accordé de l’attention au culte œcuménique organisé par l’Eglise catholique et l’Eglise protestante Fjkm, lundi matin au temple Tsaramandroso, à Soamahamanina. Pourtant, à la faveur de ce service religieux, les Eglises membres du Ffkm (Conseil Œcuménique des Eglises) ont renoué avec leur vocation première qui est le soutien aux pauvres et aux exclus, et la dénonciation des excès des régimes politiques. Notons qu’au pupitre lundi, prêtres catholiques et pasteurs protestants ont réclamé la cessation des arrestations et des actes d’intimidations à l’endroit des paysans, l’annulation du permis d’exploitation de la société minière chinoise de Soamahamanina, la fin des activités de cette dernière ainsi que la libération des meneurs incarcérés.

Les deux autres membres du Ffkm, l’Eglise luthérienne (Flm) et l’Eglise anglicane (Eem) étaient absentes pour la raison suivante : n’étant pas implantées dans la commune de Soamahamanina, elles n’étaient pas concernées par l’ « affaire ». Il reste que l’Eglise catholique et l’Eglise protestante Fjkm forment le noyau agissant du Ffkm et représentaient donc avantageusement l’entité œcuménique.

Ces dernières années, le Ffkm a pris en charge diverses missions profanes qui sortaient de ses attributions. La plus connue étant en 2014-2015 l’organisation des séances de réconciliation nationale au CCI Ivato, avec l’actuel président de la République et les quatre ex-chefs d’Etat. Ces assises ont débouché sur des résolutions éminemment politiques (comme la dissolution de toutes les institutions de la République) qui ont attiré sur le Ffkm une avalanche de critiques. Echaudée, l’entité œcuménique s’est  retirée de ce terrain miné et a même mis ses activités en veilleuse. Elle redonne actuellement signe de vie par un retour aux sources de 1980, l’année de sa fondation.

Le Ffkm, en effet, est né en réaction aux excès du régime révolutionnaire. Il s’inspirait à l’époque d’une tendance puissante née en Amérique Latine et qui était la « théologie de la libération ». Celle-ci entendait rendre l’espoir et la dignité aux pauvres et aux exclus, opprimés par les oligarchies régnantes (c’est-à-dire les dictatures sud-américaines). Sous la Révolution socialiste malgache où l’opposition politique était interdite, le Ffkm constituait la seule entité structurée face au régime. Agissant comme un contre pouvoir, il a dénoncé les dérives du régime et fut le seul à condamner la terrible répression des Kung Fu d’août 1985 qui s’est soldée par une cinquantaine de morts.

On signalera, par ailleurs, l’engagement de l’Eglise protestante Fjkm à Soamahamanina, alors que pendant des mois, seule l’Eglise catholique s’est rangée aux côtés des paysans persécutés. Le fait est à noter car lors de son récent Grand Synode National qui s’est tenu récemment à Antsirabe, la Fjkm a inclus la dépolitisation parmi ses résolutions. C’est dire que même en prônant la dépolitisation, la Fjkm (comme l’Eglise catholique) s’élève contre l’oppression des pauvres et agit pour plus de justice en ce bas monde. Notons que l’engagement en faveur des pauvres et des faibles est un précepte biblique et en cela, les deux Eglises sont fidèles à leur mission pastorale…

En tout cas, à un moment où le régime esquisse un net glissement vers les pratiques dictatoriales, avec notamment la sévère répression de toutes les manifestations, il est heureux que les Eglises se lèvent pour dénoncer les excès contre la justice, les libertés et les droits de l’homme. De cette manière, sur ses dérives, le régime pourrait mettre une… croix.

Adelson RAZAFY

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