Portrait : Hery, 10 ans, un enfant des rues
Vers 11 heures du matin où les citadins commencent à prendre leur déjeuner, un groupe d’enfants, aux vêtements sales, déchirés et usés, certains les pieds nus, d’autres portent des chaussures trouées ou des espadrilles pourries, se met en faction devant le camion-restaurant stationné près de Sicam à Analakaly, situé en plein cœur d’Antananarivo.
Parmi eux se trouve Hery. Comme le prénom du président de la République. Affichant des gestes sans grâce, le visage cadavéreux, le regard aride, la mine déconfite, les mains flétries, il se met à l’écart. Il s’agit d’un petit garçon d’à peine 10 ans, pleine de vie mais vivant dans l’infortune, à peine éclos que voilà déjà fané. Avant d’accepter de nous répondre, il a affiché un long silence soutenu par une tristesse insoupçonnable. Il est né dans la rue, vit avec sa mère et 5 frères et sœurs. La nuit, se couvrant des sachets en plastique et de toile de jute (Gony), ils dorment habituellement devant le bâtiment Sicam. Mais durant la saison pluviale, ils arpentent les arcades d’Analakely. Le jour, chacun se débrouille pour remplir la panse ; idem pour se procurer des vêtements. Pour Hery, n’ayant jamais fréquenté l’école, ne sachant donc ni lire, ni écrire, ne serait-ce que son prénom, il passe tout son temps à mendier. Mais étant un garçon plutôt réservé, il ne gagne journellement que 500 à 1000 Ariary ; même pas 0.5 Euro. Une somme à peine suffisante pour se payer un demi plat de riz avec un peu de met. Cependant, concède-il, « quand je ne gagne rien, il y a une dame, vendeuse de vanille devant Le Glacier à Analakely, qui me donne à manger…Et chaque lundi, « Dokotera be » (Médecin) nous ausculte devant la gare Soarano. »
Rivo Raphaël Chreçant