Chefs d’Etat du COMESA: S’il en vient la moitié, ce sera…
Le sommet des chefs d’Etat du Comesa (marché Commun de l’Afrique Orientale et Australe) s’ouvre demain à Ivato. Le thème, « Industrialisation inclusive et durable » est particulièrement incitateur et devrait attirer dans l’île les chefs d’Etat des 19 pays membres. Le régime Rajaonarimampianina érige déjà l’effectif des chefs d’Etat présents en critère de réussite du sommet et en preuve de la crédibilité de Madagascar au plan international. Ce qui semble sûr déjà, c’est que ces personnalités de premier plan ne se bousculeront pas au portillon. S’il en vient la moitié (soit 10), ce sera proprement étonnant. Ce qui est plus certain, c’est que le pic de présence ne dépassera pas 9 ou tout au plus 10. Nous parlons ici des n°1 de l’exécutif dans leurs pays, c’est-à-dire des véritables détenteurs du pouvoir qui peuvent décider lors du sommet de demain. Dans l’île Maurice qui est un régime parlementaire par exemple, le n°1 de l’exécutif est le Premier ministre Anerood Jugnauth et non le président de la République Ameenah Gurib. En tout cas, il est sûr déjà qu’il en viendra un en la personne du Premier ministre d’Ethiopie, Haïlémarian Desalegn, actuel président en exercice du Comesa. L’homme se doit d’être présent demain pour passer le flambeau au président Hery Rajaonarimampianina.
Comment expliquer la tiédeur des chefs d’Etat du Comesa? D’abord car l’entité est plutôt poussive, ne progressant que de façon lente. Fondé en 1994, le Comesa n’a pas encore réussi à harmoniser les tarifs douaniers des pays membres. Pour cette raison, le marché commun n’a pas encore décollé dans la zone. Les actuels chefs d’Etat ne font qu’hériter d’une adhésion contractée en 1994 par les pères fondateurs. Beaucoup n’ont qu’une conviction limitée en ce qui concerne l’intérêt du Comesa, et ne s’empresseront pas de rallier Antananarivo pour le sommet de demain. Il est vrai que beaucoup de pays n’ont qu’une industrie embryonnaire, et seront submergés par les produits manufacturés des voisins dans le marché commun. Dès lors, ils ne se hâtent pas de rejoindre le Comesa…
Notons ensuite la multiplicité des sommets internationaux ces trois derniers mois. Avant la conférence de demain, voici les conférences internationales auxquelles l’un ou l’autre des 19 chefs d’Etat ont participé : Union africaine (19 juillet au Rwanda), Ligue Arabe (25 juillet en Mauritanie), Ticad (25 août au Kenya), Sadc (31 août au Swaziland), Francophonie économique et numérique (14 septembre à Paris), Onu (20 septembre à New-York) et Sécurité maritime (15 octobre au Togo). Souvent d’un certain âge, les chefs d’Etat du Comesa ménagent leur santé et opèrent un choix. Ils mettent donc une croix sur les sommets « secondaires », et privilégient ceux qui peuvent avoir des retombées immédiates sur l’économie nationale. Ainsi, s’il faut faire le déplacement d’Antananarivo, certains préfèreront venir ici lors du sommet de la Francophonie du mois prochain.
Signalons enfin la réputation plutôt sulfureuse de Madagascar, où un chef d’Etat a été assassiné, où des coups d’Etat (parfois déguisés) ont été perpétrés, où des foules ont été massacrées aux abords des palais présidentiels, où des manifs sont réprimées dans la brutalité etc. L’attentat du 26 juin dernier qui a fait trois morts n’a fait qu’amplifier cette renommée fondée sur la violence et le sang. Et comme les auteurs du forfait n’ont pas encore été ni identifiés ni arrêtés, les chefs d’Etat étrangers rechignent à se rendre dans un pays qui comporte pour eux quelque risque. Bref, si on les interrogeait sur leur sécurité lors des deux jours du sommet à Antananarivo, ils répondraient ainsi : comme-ci Comesa…
Adelson RAZAFY
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