chronique de N. Razafilahy: 1959-2009 : un demi-siècle de cas denses

L’année qui a suivi la proclamation de la République de Madagascar, les premiers chefs d’institution du pays et les commis au service de l’Etat prêts à prendre les places occupées par les derniers fonctionnaires de l’administration coloniale se sentaient prêt à relever le défi. Déjà rôdés par les contraintes pédagogiques de la loi-cadre imposée par la coopération paternaliste avec l’ancienne puissance coloniale n’ont pas traîné longtemps dans un temps d’apprentissage.

Il fallait écourter au maximum un système de copilotage pourtant très utile pour éviter une ingérence capable d’handicaper l’évolution de la mentalité dans le service public. Le décrochage  à temps avait permis de tirer profit d’un duo qui, à la longue aurait pu devenir un duel entre l’ancien colonisé et le technicien qui avait pris le titre de coopérant. Après l’épreuve dramatique de cette inondation de la capitale au mois de mars 1959, depuis la Présidence de la République jusqu’aux administrés une seule et solidaire détermination avait animé les habitants de ce pays dans le souffle  nouveau d’une autonomie nouvelle acquise. Le président Philibert Tsiranana dans  ses discours avait toujours rêvé d’une nation avec des élites de haut niveau (ingénieurs, professeurs, et officiers de nationalité malagasy). Très vite les infrastructures sont sorties de terre et les routes bitumées reliaient toutes les provinces au fil des années. Comme pour garder ce qui restait d’un prestige et d’une fierté  populaire, le slogan unité nationale était sur toutes les bouches. Il servait de motivation pour mettre en place les nouvelles écoles et les lycées. Malgré les querelles de clocher qui prenaient parfois des airs de rivalités politiques, sans aucune  discrimination les cadres de tous les secteurs civils et administratifs sont allés puiser le savoir en France et ailleurs aussi  pour certains suivant les  affinités de leur appartenance idéologique. Si bien que les années 60 pouvaient être considérées comme étant celles des bâtisseurs sous la conduite d’un ancien bouvier d’Anahidrano qui, tout gérant le pays et les affaires de l’Etat avec amabilité, a su concilier les intérêts ponctuels de la masse et les critères prévisibles pour le développement futur de Madagascar. Jusqu’à ce que le vent de la révolte secoue le monde entier, en 1971, une rébellion de paysans exaspérés par des impôts pénalisant l’économie du monde rural, sans que les contribuables reçoivent en retour les avantages sociaux auxquels ils devaient en principe avoir droit.  Puis on verra apparaître les secousses de Mai 72 qui ne s’arrêteront qu’avec la naissance d’une  Révolution socialiste en 1975 conduite par un officier de marine. Le capitaine de corvette Didier Ratsiraka  conduira  le pays en poursuivant dans un style pragmatique très particulier qui verra la naissance de l’accessibilité de la jeunesse de la masse dans les universités régionales des provinces. Le climat de la guerre froide oblige, l’Etat choisit d’envoyer la jeunesse dans des universités et académies militaire de Russie, de la Chine Populaire, de Roumanie, de Cuba, de la Corée du Nord et même de l’Allemagne de l’Est. C’était l’âge d’or de la démocratisation de l’Education en général et de l’Enseignement supérieur en particulier…Handicapé par les options socialistes pas très appréciés par les bailleurs de fonds institutionnels, le régime accepte les prix à payer en la matière avec la suppression des  aides et appuis financiers. La nouvelle stratégie de l’Occident sur les périmètres pétroliers du Moyen-Orient entraînera en 1991 une césure au pouvoir de celui qui est devenu amiral. Propulsé à la tête de l’Etat par la marée hostile à la longévité politique de l’amiral Didier Ratsiraka, le Pr Albert marquera par son passage dans un palais d’Etat une nouvelle mentalité sensible aux libertés démocratiques (fin de la censure) jusqu’à cette motion d’empêchement qui entraînera le retour de Ratsiraka au Palais d’Etat d’Iavoloha pour ne partir que contraint et forcé (afin de ne pas se  salir les mains avec le sang de ses administrés face à Marc Ravalomanana autoproclamé appuyé par des officiers félons et des réservistes en mai 2002.

Avec l’homme d’Imerikasinina, Madagascar vivra une longue oppression d’une voyoucratie qu’installe au pouvoir avec les TIKO-boys avec objectif principal l’enrichissement «rapide et durable».  En tenant les rênes du pays dans une poigne de fer, RA-8 n’a jamais lésiné sur les moyens légaux ou surtout illégaux pour faire de régir les prérogatives étatiques selon ses quatre volontés (même en puisant dans le Trésor Public ou des trésoreries des sociétés d’Etat ou encore des organismes internationaux coopérant avec Mahazoarivo ou la Présidence. Il a entre autres initialisé le pillage des bois de roses puis libéralisé l’accaparement des terres des paysans en faveur des extractions minières au profit des grandes mines des grandes puissances et l’invasion des cultures à grandes surfaces pour fermiers étrangers. L’affaire DAEWOO qui a permis à Andry Rajoelina  et consorts de bouter hors du pays le patron de TIKO n’était que la partie visible d’un iceberg qui s’impose à tous aujourd’hui par COMESA interposé. Sauvé de justesse d’une malédiction masquée sous des contours hautement rassurants de projets agro-alimentaires. Alors que les sommités mondiales de l’agriculture se méfient et dénoncent : « La plupart des vingt Etats les plus touchés par l’accaparement des terres cultivables sont des pays africains et asiatiques figurant parmi les plus pauvres du monde et où les droits de la population sont peu protégés ». Il faut ajouter Madagascar dans la  liste. «Les acquisitions sont clairement plus faciles dans des pays disposant d’une mauvaise gouvernance, d’institutions faibles et d’un droit à la terre très insuffisant. Là, les autorités peuvent imposer plus facilement leur volonté et dans certains cas, comme au Cambodge, elles peuvent même contraindre la population locale à se déplacer ailleurs», explique Markus Giger. Voilà où nous a conduit les dérives d’un mégalo devenu « has been » qui est en train de piéger  Hery Rajaonarimampianina pour réaliser ses lubies les plus folles. Après ces cas denses on est en plein dans la décadence…Vous ne croyez pas ?

P. J.

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