Madagascar: Pays focus de la lutte contre la malnutrition ?
La réunion du panel de haut niveau de l’Alliance des dirigeants africains pour la nutrition s’est tenue à Abidjan (Côte d’Ivoire) au siège de la Banque africaine pour le développement (BAD) le 17 octobre dernier. A l’issue de cette rencontre à laquelle le ministre des Finances et du Budget Rakotoarimanana Gervais participait, Madagascar a été choisi « pays focus de la lutte contre la malnutrition ». La raison, éstiment les participants, c’est « compte tenu des efforts entrepris » dans ce sens.
En effet, la première question qui ne se pose pas, mais qui s’impose d’emblée est : de quel effort parle-t-on ? En outre, pour pouvoir entreprendre quelque chose et déployer des efforts pour sa bonne réalisation, il faut partir d’un programme.
Or le Plan national de développement (PND) tant vanté par le régime Rajaonarimampianina est une coquille vide. Il ne définit pas une stratégie soutenable pour lutter de façon pérenne la malnutrition. Il est vrai que ce régime dispose désormais une politique nationale de protection sociale, mais en dehors des mesures habituelles telles la distribution de produits de première nécessité, le HIMO (Haute intensité de main d’œuvre) à échelle limitée et restent donc sporadiques, rien de plus concluant ne s’annonce à l’horizon. Les 21 engagements signés par 10 membres du gouvernement ayant participé à la concertation nationale pour la recherche de solutions durables aux problèmes de « kere » (famine) qui sévissent dans le Sud de Madagascar, organisée les 19 et 20 février derniers à ambovombe androy, auraient changé le cours des événements, mais malheureusement ils sont déjà laissés aux oubliettes.
Peut être donc qu’on ne parle pas du même langage ou plus plausible encore du même pays puisque le Madagascar qu’on connaît, le phénomène de sous-alimentation n’épargne plus que moins de 10 % de la population. Une enquête de l’Institut national de la statistique (INSTAT) effectuée en 2014 confirme d’une part que 3/4 des Malgaches n’arrivent pas à avoir de quoi manger correctement. D’autre part, le 24ème et 25ème numéro du Système d’Information sur la Sécurité Alimentaire et la Vulnérabilité, couvrant la période de juillet à septembre 2016, déplore la précarité des conditions de vie de la majorité des ménages dans la partie sud de la Grande île et prévoit même une situation beaucoup plus gravissime dans les mois à venir. Et pour subsister, la consommation d’aliments de disette (Cactus, etc.), la vente des ustensiles de cuisine et la diminution qualitative et quantitative des repas journaliers restent la seule sinon l’unique stratégie possible des habitants. Par ailleurs, selon le classement 2015 du Fonds monétaire internationale (FMI), « Madagascar est au 5ème rang des 25 pays les plus pauvres du monde ».
Bref, face à ce genre de « mise en scène ridicule » qui contrecarre et va à l’encontre de la réalité vraie, il est difficile, voire impossible d’avoir d’autre réaction outre que l’exaspération, l’indignation…
Rivo Raphaël Chreçant