Edito: Née pour dormir ?

Les onze membres de la CNIDH (Commission nationale indépendante pour les Droits de l’Homme) ont prêté serment le 13 octobre dernier au tribunal d’Anosy. Auparavant, ils ont été reçus au palais d’Iavoloha par le président Rajaonarimampianina. Depuis, ils ont sombré dans le silence alors qu’ils ont beaucoup à dire et qu’ils ont devant eux tout un chantier. Après avoir mis le chef de l’Etat au courant de leurs (futures) activités, ils devraient se présenter devant la presse, devant les organisations de société civile, devant la classe politique, devant les forces de l’ordre, etc.

Beaucoup souhaitent, en effet, connaître le rôle et la vocation de cette entité, mais, malheureusement la CNIDH a sombré dans le sommeil et ne donne plus signe de vie. Pourtant, tout de suite après la prestation de serment très médiatisée, cette commission aurait dû battre le fer pendant qu’il était chaud et multiplier conférences de presse et entrevues.

Apparemment, on a encore une fois, affaire à une entité de défense des droits de l’homme qui est née pour dormir. Nous avons, en fait, beaucoup d’associations, ligues ou groupements des droits de l’homme, mais qui sont inactifs et qui ne se manifestent pas, alors qu’on attend d’eux beaucoup.

Si la CNIDH veut véritablement faire œuvre utile, elle devrait s’atteler immédiatement à sa tâche et engager avec punch certaines enquêtes. Par exemple, que sont devenus des opposants comme le colonel Lylison René et l’ex-ministre Augustin Andriamananoro qui, traqués par le régime, ont complètement disparu de la circulation ? Quid aussi des cinq meneurs de « manifs » de Soamahamanina qui ont été jetés en prison et dont le sort actuellement est obscur. L’objet du litige, l’exploitation de l’or par une société chinoise, ayant été réglé, le cas de ces détenus devrait être éclairci rapidement. Que dire aussi de l’opposition qui entendait organiser un meeting au gymnase couvert de Mahamasina mais qui a été refoulée par la Gendarmerie ?

Le rôle d’une authentique entité de défense des droits de l’homme, c’est de protéger les droits et les libertés fondamentales, de lutter contre l’autoritarisme, de militer pour le respect de la présomption d’innocence, de s’élever contre la violence policière etc. La CNIDH a donc du pain sur la planche, et son silence et son immobilisme étonnent.

Dans le monde et surtout en Afrique, ce sont surtout les opposants qui sont victimes des exactions et des atteintes aux droits de l’homme. Si la CNIDH n’est pas disposée à agir sur ce terrain, elle ne sera d’aucune utilité pour notre démocratie. Ses membres devraient donc s’effacer et laisser la place à des éléments plus pénétrés de leur rôle.

A.     R.

Commentaires   

0 #1 Jesse Austin 22-10-2016 10:53
Cette entité n'est indépendante que de nom. Il faut déjà qu'elle bouge et prouver son utilité face aux arrestations arbitraires des habitants de Soamahamanina qui ne voulaient que protéger leurs terres.
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