Sénateurs HVM: Les vraies raisons de l’agitation

Remue-ménage au sein du Sénat actuellement. Avec notamment des sénateurs Hvm qui réclament la tête du président du Sénat Honoré Rakotomanana. S’ils obtiennent le feu vert du président Hery Rajaonarimampianina, ils vont engager un vote qui devrait écarter définitivement du perchoir le président du Sénat. Ces sénateurs Hvm invoquent principalement l’augmentation considérable des fonds spéciaux accordés au président du Sénat pour motiver la destitution. En fait, sous des dehors désintéressés, liés à la justice et au patriotisme, les auteurs de l’opération sont poussés par leurs intérêts personnels.

Favorables jusqu’ici au président Honoré Rakotomanana, les sénateurs Hvm ont changé de ligne depuis un évènement récent : la tournée autour de l’île entamée par l’amiral Didier Ratsiraka dans le cadre du 40ème anniversaire du parti Arema. Le périple a été inauguré à Antsiranana, et lors du rassemblement, l’ex-chef d’Etat s’est permis des piques en direction de l’actuel régime. A la tribune, il a surtout fait montre d’ardeur et de punch, démentant les rumeurs de maladie et d’impotencequi couraient sur lui. Bref à l’élection présidentielle de 2018, cet amiral qui a retrouvé une nouvelle jeunesse peut constituer un danger pour Hery Rajaonarimampianina. Didier Ratsiraka n’a pas encore annoncé son entrée en lice, mais tout indique qu’il ne manquera pas de se porter candidat. A la dernière élection présidentielle de 2013 d’ailleurs, il a déjà fait acte de candidature à 77 ans, mis son dossier fut rejeté (tout comme ceux d’Andry Rajoelina et de Lalao Ravalomanana). Vouant un attachement tenace pour le pouvoir, l’amiral à 80 ans maintenant caresse toujours l’espoir de retrouver le fauteuil présidentiel.

Le hic pour les sénateurs Hvm, c’est que Honoré Rakotomanana est un ami et un confident de l’amiral, et a d’ailleurs réaffirmé son soutien à ce dernier l’année dernière, quand il a été porté au perchoir. On rappellera que l’actuel président du Sénat fut déjà le directeur de cabinet du chef d’Etat Didier Ratsiraka, et que sous l’impulsion de celui-ci, il a déjà occupé les fonctions de ministre de la Justice et de président du Sénat. Si on se réfère à la Constitution, en 2018, quand Hery Rajaonarimampianina se portera candidat à l’élection présidentielle, il devra démissionner de son poste soixante jours avant la date du scrutin. Il sera alors remplacé par le président du Sénat, qui exercera les attributions de chef de l’Etat jusqu’à l’investiture du nouveau président de la République. Ce que craignent les sénateurs Hvm, c’est qu’à ce poste stratégique, Honoré Rakoto-

manana ne  manœuvre pour assurer le retour au pouvoir de l’amiral. Car disposant de nombreux soutiens aux divers échelons de l’administration (et de l’Armée), Didier Ratsiraka pourrait les mobiliser pour favoriser son triomphe électoral. Notons qu’en 1996, on a mis le retour providentiel de l’amiral au pouvoir sur le compte de ce réseau souterrain agissant…

Bref au Sénat où on n’a pas un niveau élevé de valeurs morales, on manœuvre surtout pour conserver son siège et sa position sociale avantageuse. Comme une défaite de Hery Rajaonarimampianina en 2018 pourrait bouleverser les institutions et coûter leurs postes aux sénateurs, ceux-ci s’agitent pour conjurer le danger. Même s’ils mettent en avant le sens du devoir et le patriotisme dans leur projet de destituer Honoré Rakotomanana, les sénateurs Hvm songent surtout à leurs fauteuils et aux avantages qui y sont attachés.

Adelson RAZAFY

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