EDITO: Et apres ?
L'objectif est atteint, que peut-on dire de plus? La journaliste de la chaîne TV Plus ne croyaît pas si bien dire en animant le débat télévisé sur l'opportunité de l'accueil du sommet du Comesa à Madagascar. Effectivement, ce sommet était d'abord et surtout pour le régime la preuve de sa reconnaissance internationale. C'était, semble-t-il, le seul et unique objectif. Et c'est bien dommage. Car au sein de ce vaste marché de 400 millions d'habitants, il y a forcément quelque chose à tirer. Et Madagascar et ses opérateurs ont certainement des atouts à faire valoir. Mais tout cela est mis au second plan, sinon ignoré par nos dirigeants trop heureux d'accueillir un certain Mugabe que les vraies démocraties se gardent de recevoir chez elles.
Dès les préparatifs de ce sommet- on se demande d'ailleurs s'il y en a eu- le secteur privé a été de fait écarté. Il n'y a eu aucune tentative de récolter les avis et desideratas de nos capitaines d'industrie pour essayer de les faire valoir. Du reste, c'est sans doute cette mise à l'écart qui ont motivé les groupements patronaux et professionnels à publier un communiqué interpelant les pouvoirs publics à réagir face à la concurrence (" fraudes douanières : entrée illicite, détaxation illicite, fausse déclaration ; non-respect des normes en vigueur, et réalisation de ventes sans factures") qui "est la gangrène qui nuit à la compétitivité des industries locales et provoque une mort lente du secteur industriel à Madagascar". Publié trois semaines avant le sommet du Comesa, le message était clair: réglons d'abord les problèmes de l'industrie nationale avant de parler intégration régionale qui mise justement sur l'industrialisation inclusive et durable.
Le message était recu cinq sur cinq par le président de la République qui n'a malheureusement pas rien compris ou feint de ne rien comprendre. En marge du sommet du Comesa notamment, le président Rajaonarimampianina répond à l'interpellation en reprochant plutôt aux industriels de ne pas faire assez. Une réaction qui a scandalisé plus d'un industriel. Sous le couvert de l'anonymat de "peur de subir un harcèlement fiscal pour avoir osé parler", l'un d'eux rappelle: "l'industrie nationale vit dans un climat délétère avec l'instabilité politique, les harcèlements fiscaux, la corruption généralisée, l'insécurité juridique et judiciaire. On ne parle plus des problèmes d'accès au financement, des infrastructures telles que les routes et l'énergie. Si l'Etat réglait tout cela, veillait au bon fonctionnement de la concurrence et ne nous assenait pas de charges fiscales, l'industrie nationale contribuerait largement plus que les 10% au Pib et les 25% des recettes fiscales de l'Etat". Cette fois-ci, le message est-il clair?
En tout cas, le sommet du Comesa n'est pas contrairement à ce que l'on pense, terminé pour le président Rajaonarimampianina et Madagascar. Bien au contraire, tout ne fait que commencer pour la Grande Ile en se voyant attribuer la présidence de l'organisation régionale. Une opportunité pour essayer de tirer partie de l'intégration qui ne serait pourtant possible sans régler les blocages internes qui empêchent l'économie malgache de jouer pleinement dans la cour du Comesa et de la Sadc avant de prétendre conquérir le monde.
Bref, l'ancien ministre des Finances de la Transition devrait changer de vision et d'action pour que les après sommets soient aussi et surtout une consécration de sa reconnaissance sur le plan national. N'est-ce pas le plus important?
Sa