Air Madagascar: Le bras-de-fer se poursuit !
Léon Rajaobelina va-t-il démissionner de son poste de président du conseil d'administration d'Air Madagascar ? L'éventualité n'est pas à écarter si le problème de MGH (Madgascar ground handling) n'est pas réglé.
Hier matin, les dirigeants d'Air Madagascar ont notamment réuni les délégués syndicaux pour leur demander d'encourager leurs collegues de rejoindre la MGH. Le principal argument avancé par la direction est que seul le transfert en bloc du personnel qualifié d'Air Madagascar permettra de rendre opérationnelle la MGH sans laquelle un financement de 25 millions de dollars destinés à la maison mère ne peut être mobilisé. En d'autres termes, Air Madagascar est condamnée à la disparition si ses agents chargés de l'assistance au sol refusent de rejoindre la MGH.
Le personnel parle de chantage et réfute l'argument. "On veut nous faire croire que la MGH avec son chiffre d'affaires de 750 000 dollars par mois et très peu de charges va lever 25 millions de dollars pour Air Madagascar. Quelle banque accepterait de financer une filiale à 100% d'une compagnie fortement endettée?", nous fait-on remarquer.
En fait, le bras-de-fer qui oppose le personnel et la direction de la compagnie aérienne est la perception voire la conviction des travailleurs qu'"on dépèce petit à petit Air Madagascar jusqu'à sa disparition totale au bénéfice de quelques individus". A preuve, nous rapporte-t-on, on dit que la MGH est une filiale à100% d'Air Madagascar mais la direction refuse jusqu'à présent de nous montrer les documents officiels l'attestant, "nous renvoyant au registre du commerce".
Confortant les suspicions du personnel, les rumeurs ont annoncé la reprise de MGH par l'opérateur français Vincent Bolloré et le groupe Filatex. Le président Rajaonarimampianina aurait donné sa bénédiction à cette reprise par une augmentation du capital mais malheureusement pour lui, il aurait été devancé par sa tendre épouse qui aurait fait attribuer la belle affaire au groupe conduit par l'opérateur grec Taloumis et comprenant l'ancien ministre des Transports Ulrich Andriantiana et le DG de l'ACM James Andrianalisoa.
Tout ceci ne rêve pour le moment que des rumeurs. Il n'empêche qu'on s'étonne que le DG de l'ACM ait donné son agrément à la MGH sans qu'un seul agent qualifié d'Air Madagascar ait rejoint la nouvelle société. Devant le refus du personnel de la maison mère de rejoindre la filiale, le même DG de l'ACM a publié une note interdisant Air Madagascar de faire l'assistance au sol de ses propres avions à compter du 1er décembre. Ce qui a provoqué la colère du personnel. Aussi ce dernier a-t-il décidé de suivre à la lettre la note de la direction interdisant le personnel d'assurer l'assistance au sol des avions des autres compagnies à compter du 17 octobre. D'où les problèmes subis par Turkish Airlines et Air Austral à Ivato jeudi.
Hier soir, la situation n'a pas évolué. Elle risque même de se durcir avec les rumeurs de filialisation en vue de la vente en catimini du centre industriel de maintance d'Air Madagascar. "Le nom MGM pour Madagascar Ground Maintenance aurait été déjà déterminé", ajoutent nos interlocuteurs qui sont aujourd'hui convaincus du travail des fossoyeurs que nous avons dénoncés depuis. Air Madagascar finira par se retrouver avec ses 2 Airbus pour lesquels il faut encore s'acquitter des loyers prohibitifs pendant deux ans avant d'en avoir la propriété, 3 Twin Otter qui n'assurent plus de vol irrégulier et un petit Piper Aztec. A part ces vieux raffiots, la compagnie nationale n'a plus rien à offrir que les droits aériens. Mais dans ce domaine aussi, le tandem Ulrich Andriantiana et James Andrianalisoa sont passés en bradant les droits dont le plus flagrant est celui sur la liaison Afrique du sud- Madagascar. Qui sait si c'est pour éviter de prendre le même vol avec les fossoyeurs d'Air Madagascar que Léon Rajaobelina pense démissionner.
Salomon Ravelontsalama