Un autre sommet: Dans un mois la Francophonie
Dans un mois exactement, le 26 novembre, s’ouvrira à Ivato le 16ème sommet de la Francophonie. On nourrit un certain pessimisme sur son sort, quand on songe au récent sommet du Comesa où seuls deux chefs d’Etat étrangers sur 18 se sont dérangés. Mais selon toute probabilité, le sommet de la Francophonie connaîtra un meilleur destin pour une raison simple : d’importants bailleurs de fonds, attachés à la langue française et à son expansion, vont faire le déplacement d’Antananarivo. Comme les chefs d’Etat de la France, du Canada, de la Belgique ou de la Suisse. Pour se faire bien voir, les chefs d’Etat des pays moins nantis vont faire l’effort de venir. Résultat : au dernier sommet de la Francophonie à Dakar, en 2014, on a enregistré la présence d’une quarantaine de chefs d’Etat (sur 57 Etats membres), c’est-à-dire d’authentiques n°1 de l’exécutif dans leurs pays respectifs. Le président français François Hollande fera le voyage de Madagascar, non pas grâce à la force de persuasion d’Atallah Béatrice, comme celle-ci voudrait le faire croire, mais en raison d’une tradition bien installée chez les chefs d’Etat français. Voici d’ailleurs les propos du locataire de l’Elysée, tenus le 20 septembre dernier en marge de l’Assemblée générale de l’Onu à New York : « La France est le premier des pays francophones, et son président a vocation à aller partout où se tiennent les sommets de la Francophonie ».
Evoquons ici notre ministre des Affaires étrangères qui, en réponse à notre article à la une de samedi dernier, s’est réservée un espace dans un quotidien ami. Peut-être, ainsi que le font les gros bonnets de ce régime, en remettant une grosse enveloppe à nos confrères pour les stimuler. Selon elle en tout cas, le sommet du Comesa fut une réussite si l’on en juge par les félicitations qu’elle a reçues. En fait, les félicitations sont un exercice diplomatique courant et sont envoyées même par les insatisfaits. Car en diplomatie, la courtoisie consiste à taire ses frustrations et à faire plaisir à son interlocuteur. Magistrate de formation, la dame use des félicitations comme des articles du code pénal, c’est-à-dire en en faisant une lecture au premier degré sans en envisager les dessous… Elle considère d’autre part la présence physique des chefs d’Etat comme « pas importante », ces derniers s’étant fait représenter au sommet du Comesa. En fait, Atallah Béatrice sait bien qu’en Afrique, il y a surtout des régimes présidentiels ou au moins semi-présidentiels. Et que sans l’implication physique des chefs d’Etat, une cause n’avance pas (déjà qu’elle n’avance guère avec leur engagement personnel). Le sommet d’Ivato ayant notamment été peuplé de sous-fifres, les résolutions qui y ont été adoptées relèvent surtout du blabla et des voeux pieux. C’est pour cette raison que le Comesa fait du sur place en matière de libre échange, même 35 ans après sa fondation.
En tout cas, si Atallah Béatrice veut le mois prochain recevoir des félicitations sincères et non enrobées d’effets diplomatiques, elle devrait veiller aux faits suivants : d’abord, les nouvelles voies qui traversent les rizières doivent être mieux conçues, sinon elles pourraient s’affaisser sous les véhicules des hôtes étrangers. Ensuite les propriétaires des terrains expropriés devraient être indemnisés rapidement, sinon le jour de l’ouverture officielle, ils vont manifester avec des banderoles devant le centre de conférence. Puis, les blindés démodés et prompts à la panne devraient être rangés dans les casernes, car ils effraient ou font rire les hôtes étrangers. Enfin, faire attention aux fuites et dysfonctionnements dans les villas des chefs d’Etat et au village des visiteurs, sinon ces derniers garderont de leur passage dans l’île un piètre souvenir.
Adelson RAZAFY