Chronique de Razafilahy: L’Etat assume ou fait semblant
Faire en sorte qu’accueillir le Sommet de la Francophonie dans la capitale, soit à la fois une fierté nationale et «une opportunité pour le pays, pour l’économie, pour le social, pour l’ouverture de Madagascar au monde entier », est une priorité pour Hery Rajaonarimampianina. Il est surtout convaincu que «ce n’est pas seulement un coût. Il faut rapprocher un coût des résultats qu’on attend aussi. » Mi-septembre cette année, à Paris il s’est moqué des « pessimistes ». D’après un communiqué de la Présidence, après une récente visite de chantier du chef d’Etat «Selon les responsables du chantier du Village de la Francophonie, 75% des travaux sont réalisés et quelques 200 personnes se relaient jour et nuit pour une livraison dans une dizaine de jours. » Soit !
Dans un régime post-Transition, qui a mariné longtemps depuis 2014 dans les promesses non tenues, les programmes gouvernementaux, pourtant séduisants, on ne peut faire autrement que mettre en doute les déclarations officielles. Pire, dans les conseils de ministres souvent, il n’est question que de nominations aux hauts emplois de l’Etat, de présentation des réalisations (inachevées ou mal embouchées), des perspectives d’actions des ministères et des communications verbales stériles et oiseuses. A propos, l’exploitation aurifère de Betsiaka pose problème au sein des riverains, qui se voient spoliés purement et simplement par une équipe d’affairistes couverts par des personnalités qui gravitent autour du chef de l’Etat en personne. A la grande colère du Pr. Albert Zafy, ces derniers temps l’invasion des chercheurs d’or aux yeux bridés sous le couvert de procédures officielles bidon font très souvent l’objet de manifestations locales hostiles, qu’il ne faut pas s’étonner si un jour les incidents se terminent par des émeutes. Dans ses pérégrinations en province qui tiennent plus de la propagande électorale que d’une visite administrative officielle, Hery Rajaonarimampianina a beau partager sa vision, en vue d’ «offrir aux enfants et à la jeunesse des établissements scolaires et centres de formations professionnels modernes afin de mettre en place une éducation de qualité et assurer un avenir loin de la pauvreté par la création d'emplois », mais la paupérisation de la population a atteint un niveau tel que plus personne n’est dupe. Même si malgré les démentis des réalités ambiantes, le gouvernement s’évertue à sauver la face avec des interventions ponctuelles et des mesures sociales tape à l’œil comme les distributions de kits scolaires et des aides financières ciblées à quelques familles étiquetées vulnérables, une ligne de démarcation s’installe désormais entre les dirigeants et la nomenklatura d’un côté et le reste de la population en face. Dans un pays complètement dévasté par la mauvaise gouvernance et les prédateurs des ressources, de chaque côté de cette barrière sociale invisible mais bien réelle, les observateurs assistent à un climat politique qui se dégrade jour après jour. Et comme pour compliquer encore plus la situation, les agissements abusifs, les tracasseries administratives injustes partisanes et les carences obscures de la Jirama avec ces incessants délestages, irritent de plus en plus la population que parfois la colère des usagers tourne à la violence.
Héritiers d’une Transition qui, sous la coupe d’un ministre des Finances et du Budget devenu Président de la République, sorti de la cuisse d’un DJ qui vitupère parce qu’il s’est senti filouté, l’équipe actuelle au pouvoir ne soucie guère de l’assainissement et de l’orthodoxie de la gestion financière de l’Etat. Depuis longtemps déjà un embryon d’opposition s’acharne à changer de comportement, bien qu’ayant raison ses meneurs ne sont pas à acquérir ne serait-ce qu’une crédibilité de circonstance. Surtout que d’un côté aussi dans les rangs du pouvoir, le Président de la République et les barons du parti HVM prennent un malin plaisir à les diviser en semant la zizanie. Un groupuscule par-ci, un groupuscule par-là, à coup de privilèges exceptionnels et le tour est joué. Alternant le bâton de la menace d’une poursuite judiciaire et les carottes de privilèges en nature, Ce qui ne simplifie pas du tout la tache aux opposants.
A ce jeu perfide, le régime est prêt à sacrifier les intérêts supérieurs de la nation sur l’autel de la démagogie et du machiavélisme pour arriver le doigt dans le nez jusqu’à un second mandat. Il ne faut pas oublier cependant que l’opinion publique résignée et excédée ne tient guère des illusions des rassemblements spectaculaires lors des inaugurations prétextes très « m’a-tu-vu » qui tiennent à un rythme qui cachent mal les visées électorales du parti présidentiel. Si bien que la plupart des gens se demandent si dans le cercle des décideurs étatiques, ils auraient perdu le sens de la réalité au point de délirer dans «un ensemble de convictions fausses, irrationnelles,… » auxquelles ils adhèrent de façon inébranlable. Prenons l’exemple de cet aveu de xénophilie bornée sortie de la bouche du Premier ministre Olivier Mahafaly, dénonçant au micro de RFI ce qu’il croit être une contestation instrumentalisée par l'opposition. C’est quoi la faute de ces Chinois ? Je ne vois pas, Ils sont là justement pour aider Madagascar, nous ne pouvons pas nous targuer d’être autosuffisants. On a besoin des investissements étrangers. Alors que d’un bout à l’autre de l’île, les investisseurs chinois, sri-lankais, thaïlandais et autres se comportent comme en pays conquis, faisant fi des lois, bafouant les cultures locales et polluant les cours d’eau et l’environnement. C’est à se demander si les responsables font exprès de prendre le parti de l’envahisseur ou font-il semblant de chercher le bien-être de leurs compatriotes tout en se prostituant au plus offrant ? Et dire qu’ailleurs pour réconcilier les protagonistes d’un même pays à propos du Gabon, Manuel Valls évoque « Et ce dialogue pourra se poursuivre avec les autorités gabonaises. Je pense notamment dans le cadre à Madagascar du grand sommet de la Francophonie. » Aux pays où les lémuriens ont tous les droits et sont mieux protégés que les humains, le dialogue est tabou sinon un leurre !