Contre les cinq de Soamahamanina: Verdict d’intimidation

Un an de prison avec sursis. Tel a été hier le verdict du tribunal à l’endroit des cinq prévenus de l’affaire de Soamahamanina. Les deux chefs d’inculpation retenus sont la manifestation sans autorisation et l’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat. Dans ce genre d’affaire qui a une connotation politique marquée, la séparation des pouvoirs est un vain mot. La justice reçoit des hautes sphères une consigne et prononce en conséquence la sentence. L’arrêt énoncé hier visait à intimider les cinq meneurs du bouillant village de Soamahamanina. On leur disait, en effet, ceci : « Au moindre écart de conduite, ce sera de nouveau la prison avec un cumul des peines ».

 Mais au-delà de Soamahamanina, le verdict s’adressait à tous ceux tentés par la rue. Car dans un contexte de montée de la grogne, il importait d’user du bâton pour inciter au calme tous les «excités». Notons d’ailleurs que l’intimidation a commencé dès l’arrestation opérée à Soamahamanina, laquelle s’est faite dans des conditions propres à frapper les esprits des habitants insurgés.

Il y eut ceux interpellés de nuit, tirés de leur lit, poussés brutalement dans des véhicules de police et conduits vers des lieux inconnus. Ceux arrêtés de jour ont été frappés s’ils se rebellaient, ou immobilisés au moyen d’une pulvérisation de lacrymogène dans les narines. En tout cas, les cinq prévenus ont été jetés sans ménagement en prison, avec l’entretien d’un suspens sur la date du procès (la détention préventive pouvant durer trois mois).

Les demandes de liberté provisoire ont été rejetées, et les détenus ont été mis à l’isolement avec l’interdiction des visites des proches. Rappelons que les familles éconduites ont provoqué des émeutes au portail de la prison d’Antanimora, ce qui a conduit le ministère de la Justice à se fendre d’un communiqué sur les différents régimes appliqués aux détenus. Un traitement de rigueur de nature à dissuader les paysans de Soamahamanina (car le permis d’exploitation n’ayant pas été annulée, les Chinois pouvaient revenir), mais aussi toutes les localités qui s’agitent actuellement contre des exploitants miniers chinois, comme Ambatosia (Bealanana), Tsarazaza (Fandriana), Andonaka (Haute Matsiatra)…

L’épouvantail est aussi secoué en direction de tous ceux qui pourraient descendre spontanément dans les rues. Les « non politiques » frustrés (comme les marchands de bord de rue ou les expropriés des routes de la Francophonie) comme les politiques qui s’élèvent contre la mauvaise gouvernance. Car les  demandes d’autorisation étant systématiquement rejetées par les autorités, beaucoup songent à manifester sans passer par la procédure d’usage. A court terme, on terrorise ceux tentés  de perturber ou de discréditer le sommet de la Francophonie (car une manif non autorisée ne peut que s’attirer une sévère répression). A plus long terme, on intimide les politiques qui réclament une élection présidentielle anticipée ou le départ de Hery Rajaonarimampianina. C’est surtout contre ceux-là que le régime veut sévir, car ils n’accordent au chef de l’Etat aucun… sursis.

Adelson RAZAFY

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