Investissement public : une part trop modeste de l’Etat

686,4 milliards Ar. C’est le financement interne pour le Programme d’investissement public (PIP 2017), contre 493,2 milliards Ar dans la loi de finances rectificative de 2016. Ainsi, la part de l’Etat pour les investissements publics ne connaîtra qu’une hausse de 193,2 milliards Ar pour l’année prochaine. Cette évolution témoigne de l’incapacité de l’Etat à alimenter les dépenses d’investissement public de manière significative, alors que les urgences et les difficultés socioéconomiques de la population sont innombrables. Les dirigeants ne sont donc pas près de rectifier le tir pour inverser la tendance et favoriser ainsi l’investissement pour doper le financement dédié à la croissance et au développement. Jusqu’ici et depuis des lustres en effet, le déséquilibre des dépenses va au détriment de l’investissement (une moyenne de 40% du budget public, contre 60% pour le fonctionnement). Pour 2017, les dépenses d’investissement avoisineront les 44%. Mais ce taux n’est guère l’œuvre du gouvernement. En effet, ces dépenses d’un total de 2 881,9 milliards Ar seront essentiellement dopées par le financement externe, c'est-à-dire les prêts et dons provenant des bailleurs de fonds.

Elles seront en hausse de 73,4% grâce à l’apport plus conséquent des bailleurs de fonds. Le taux de pression fiscale du pays est encore trop modeste pour aider l’Etat à doper les dépenses d’investissement public. D’ailleurs, il est appelé à enregistrer une faible progression de 0,5% par an jusqu’en 2019, alors que Madagascar affiche déjà un taux de pression fiscale très faible comparé aux autres Etats subsahariens fragiles. La moyenne dans ce groupe de pays qui inclut Madagascar est de 16,2% en 2016, contre 11% pour la Grande Ile. Le FMI prévoit un taux moyen de 16,7% en 2017 pour les Etats subsahariens fragiles et 11,2% pour Madagascar. A ce rythme, la forte dépendance aux aides extérieures n’est pas près de céder le pas. Au contraire, elle s’accroît. Dans la plupart des cas pourtant, elle ne correspond pas aux besoins locaux ou y répond mais de manière temporaire. L’on se rappelle que sous les années Ravalomanana, les réseaux routiers structurants, c'est-à-dire les routes nationales, ont beaucoup bénéficié du financement externe. Par contre, les bailleurs de fonds se sont désengagés du financement de l’entretien des routes et pistes rurales. Malgré les avancées de l’urbanisation pourtant, le milieu rural compte encore plus de 70% de la population active et la pauvreté y est plus marquée que dans les centres urbains. La lutte contre la pauvreté incluant le développement des infrastructures, doit donc passer par le milieu rural.

Et récemment, il est question de financer des routes et ouvrages d’art d’importance avec le soutien de la Banque européenne d’investissement (BEI). C’est une bonne nouvelle. Mais qu’en est-il des zones rurales ? Elles seront encore délaissées comme auparavant. Comme quoi, les aides extérieures sont encore indispensables pour un pays à faible revenu comme Madagascar, mais ce dernier devrait mieux les négocier et chercher tous les voies et moyens pour alimenter les recettes fiscales. Parmi les pistes qu’on devrait explorer, citons la lutte contre les trafics illicites, la formalisation du secteur informel.

Fanjanarivo

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