« Coup d’Etat » à la malgache: Une forme de « justice populaire »

Depuis la première manifestation de rue survenue en mai 1972, aboutissant au renversement inattendu et spectaculaire du premier président de Madagascar (dans son histoire postcoloniale), Philibert Tsiranana, jusqu’à la toute dernière, celle de 2009 qui a conduit à la chute du Régime Ravalomanana également bâti en écartant Didier Ratsiraka du pouvoir sous la pression de la rue, la distinction entre « coup d’Etat » et « révolution » crée toujours une polémique dans toutes les discussions, qu’elles soient publiques ou privées.

Très souvent, les partisans du régime renversé soutiennent la thèse d’un coup d’Etat ou encore d’un complot politique commandité par une puissance étrangère ; d’autres, soutenant le mouvement de contestation contre le pouvoir en place, avancent la thèse d’une révolution.

Par définition, « un coup d’Etat est la prise du pouvoir dans un Etat par une minorité grâce à des moyens non constitutionnels, imposée par surprise et utilisant la force. Les auteurs d’un coup d’Etat, ou putschistes, s’appuient en général sur tout ou partie de l’armée… Se distingue de la révolution, qui a un caractère populaire et massif » (La Toupie). L’exemple chilien de 1973 où Augustino Pinochet renverse Salvador Allende montre bien la réalité d’un coup d’Etat.

En effet, même si le renversement des régimes malgaches depuis le cas de Tsiranana jusqu’à celui de Ravalomanana peut prendre le caractère « d’anticonstitutionnel » en se reférant la définition proposée supra, ceux qui parlent de Coup d’Etat, ou bien méconnaissent le fonctionnement de la démocratie, ou bien veulent protéger leurs propres avantages. Car dans un Etat qui se déclare démocratique, c’est avant tout le peuple qui surveille le gouvernement. Et ce dernier sait pertinemment bien que le Président à qui il prête le pouvoir par voie électorale occupe ce poste  pour une période déterminée. Cependant quand l’élu du peuple ne se conduit pas conformément à son serment, ce n’est  pas la constitution qui prévaut, mais le droit, la justice et évidement la morale. On ne gouverne  pas longtemps en offensant la morale, en oubliant ses administrés…

Bref, on est en droit d’espérer que ces évènements passés seront porteurs de leçons pour Rajaonarimampianina et ses partisans sinon, soyons-en sûr, le peuple se chargera de les corriger à leur tour, de rendre justice et de retirer le pouvoir dans la rue et par la rue, comme ce fut le cas de leurs prédécesseurs.

Rivo Raphaël Chreçant