Victoire de Donald Trump: L’Agoa, menacé de suppression

Enorme stupeur aussi à Madagascar en apprenant la victoire du républicain Donald Trump. En effet, ce n’était pas ce que les sondages serinaient depuis deux semaines… On a peut-être sous-estimé la réaction d’une majorité silencieuse mais agissante : les Américains blancs. Après avoir concédé la présence d’une personnalité noire à la barre pendant huit ans, la communauté blanche a voulu en revenir aux traditions américaines. Avec notamment l’avènement d’un homme blanc, qui a de la poigne et du caractère et qui compte restaurer la grandeur de l’Amérique. Cette communauté ne fut pas impressionnée par les accusations de sexisme et de racisme, dirigées contre Trump, car après tout, les cow-boys qui ont forgé l’Amérique n’avaient pas un autre comportement. Les Blancs comptent donc maintenant sur Trump pour faire le ménage et conjurer les dangers qui menacent le pays : l’immigration, l’invasion musulmane, l’ouverture des marché, etc.

Ceci attire l’attention sur un fait : Donald Trump étant fermement opposé au libre-échange, l’Agoa risque d’être aboli. Pendant toute la campagne, en effet, le candidat républicain a dénoncé les traités de libre-échange conclus par les Etats-Unis, et a annoncé leur révision sinon leur suppression. Dans le collimateur de Trump, citons notamment l’Alena, l’accord de libre-échange entre les Etats-unis, le Canada et le Mexique, mais aussi le Tafta encore en voie de finalisation entre les Etats-Unis et l’Union Européenne. Les devises du candidat républicain en effet sont « l’Amérique d’abord » et « Américanisme et non mondialisme ». L’homme prône donc un protectionnisme pour développer les produits « made in America », et pour créer des emplois notamment dans les Etats frappés par la désindustrialisation comme le Michigan.

L’Agoa, ce système qui permet à Madagascar (et à 38 autres pays africains) d’exporter vers les Etats-Unis sans droits de douane, est donc menacé. En premier lieu, car il fut institué par l’administration démocrate (Bill Clinton) en 2000 et fut en 2015 prolongé de dix ans par Barack Obama. En second lieu, car en permettant l’irruption sur le territoire américain de produits bon marché (dont le textile malgache), il s’oppose à l’essor et à l’expansion du « made in America ». En troisième lieu, puisque les pays bénéficiaires de l’Agoa ne rendent pas la pareille aux Etats-Unis, et n’accordent pas de préférences tarifaires aux produits américains. Il en est ainsi de l’Afrique du Sud, membre de l’Agoa mais qui entrave l’entrée sur son sol du poulet et du bœuf américains.

En tout cas, si Donald Trump s’est précipité à Londres dès le triomphe du Brexit, c’était pour saluer le retrait de la Grande-Bretagne du marché commun européen et du projet de Tafta. On a donc affaire à un homme foncièrement hostile aux accords douaniers, et qui ne craint pas le repli sur soi. S’il l’estime nécessaire, l’Agoa pourrait être supprimé brutalement. Cette rupture avec l’Afrique n’étonnerait d’ailleurs pas d’un homme qualifié, à tort ou à raison, de nationaliste et de raciste. Signalons tout simplement qu’en 2015, un an après la réintégration de Madagascar dans l’Agoa, le nombre des emplois créés était estimé à 6 000, tandis que les prévisions font état de 200 000 nouveaux emplois jusqu’en 2020. En tout cas, le Madagascar de Hery Rajaonarimampianina ne signifie rien au regard de Donald Trump. Si nous voulons préserver l’Agoa, il faut agir dans le cadre d’entités plus vastes, par exemple, l’Union africaine.

Adelson RAZAFY

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