Expertise: La science face aux crises socio-environnementales

Les chercheurs en sciences sociales prennent part à la dynamique de préservation de l’environnement engagée à Madagascar depuis ses débuts. Leur expertise contribue à articuler politiques incitatives et développement local.

Ils faisaient le point de leur action passé et à venir lors du récent atelier MadaGRED.

La préservation de l’environnement nécessite l’adhésion des habitants. « À Madagascar, les sciences sociales sont impliquées dans l’acquisition de connaissances visant à protéger les milieux naturels en association avec les communautés concernées », explique l’anthropologue Bernard Moizo, à l’occasion d’un récent atelier (Atelier MadaGRED « Bilan scientifique, valorisation et perspectives de recherche à Madagascar », Antananarivo, 07-08 avril 2016. Une lettre entièrement consacrée à cette manifestation est disponible sur le site de l’UMR GRED.) consacré aux recherches menées par l’ird et ses partenaires malgaches(Centre national de recherches sur l’environnement, université d’Antananarivo, université de Fianarantsoa) en ce domaine.

La Grande île, il est vrai, connaît de fortes tensions socio-environnementales, mêlant tout à la fois impact de la dégradation des conditions climatiques, amples mouvements migratoires intérieurs et déforestation incontrôlée. Des communautés entières, originaires du sud de l’Ile, se sont en effet déplacées, dans les années 1970-1980, vers des régions aux forêts jusqu’alors préservées, provoquant des périodes de crises socio-environnementales fortes.

« Au-delà de l’enjeu global, engendré par cette altération massive d’un patrimoine précieux pour tous, se pose des problèmes aigus pour la subsistance de ces populations très dépendantes des ressources naturelles, indique le spécialiste. De fait, dès les années 1990, le pays a mis en place un plan d’action environnemental, à la demande de la Banque Mondiale, mobilisant des institutions internationales et de grandes ONG de conservation. Il a développé des aires protégées (Environ 1 700 000 Ha dans les années 90, pour atteindre 6 millions d’hectares répartis en 123 aires en 2015.) et il est devenu un véritable laboratoire des techniques de préservation de la biodiversité et des milieux naturels ». Car il ne s’agit plus de mettre la nature « sous cloche », comme cela se faisait naguère. Cette approche, qui exclut les utilisateurs traditionnels du territoire visé, est improductive, suscitant immanquablement tensions, transgressions et échecs. Avec l’aide des scientifiques, les opérateurs et les décideurs ont dû inventer de nouveaux mécanismes de conservation, efficaces, durables et proposant des alternatives viables aux populations. Un arsenal d’outils inédits a vu le jour, comme la gestion locale sécurisée des ressources (GELOSE), basée sur le transfert de la gouvernance de rivières ou de forêts à des communautés locales. Les chercheurs de l’ird et leurs partenaires malgaches participent à cette dynamique depuis ses débuts. En introduisant pour la première fois une dimension sciences humaines aux côtés des disciplines naturalistes, ils ont contribué aux réflexions sur le choix des aires à protéger, à l’élaboration de politiques à y mener et à la définition de mécanismes pour y associer les habitants.

« L’enjeu reste de concilier développement durable et développement local », estime pour sa part l’économiste Fano Andriamahefazafy, du laboratoire c3edm (Centre d’économie et d’éthique pour l’environnement et le développement -Madagascar.), créé en 2001 avec l’appui de l’ird et intégré au sein du Département économie de l’université d’Antananarivo.

Engagé depuis quelques années dans de la recherche opérationnelle, le c3edm accompagne par exemple les études et les réflexions relatives aux conditions d’installation de petits barrages hydroélectriques en milieu rural – destinés à fournir 1 à 4 communes. Il s’agit de trouver des compromis entre usages des sols en amont et exigences quant à la qualité et la quantité d’eau. « Les dispositifs compensateurs, comme le paiement pour services environnementaux, devraient permettre d’impliquer les acteurs à l’échelle de l’individu ou du groupe, plus efficacement que les mécanismes indirects, consistant à fournir des activités alternatives censées détourner la pression sur les ressources naturelles » conclut-il.

Source :

Sciences au Sud - Le journal de l’IRD - n° 83 - juin à octobre 2016

Contacts :

[email protected]

UMR Gred (IRD et université Paul-Valéry

Montpellier)

[email protected]

c3ed - Faculté de droit, d’économie, de gestion et de sociologie, université d’Antananarivo

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