Chronique de N. Razafilahy: Le pillage autorisé de l’or de Betsiaka
Pendant très longtemps déjà avant l’indépendance, la région a toujours permis à l’administration coloniale de jouer le rôle hautement économique de pourvoyeur en lingots de la République Française. Selon les chroniqueurs de l’époque «effectivement, pendant plusieurs années, des tonnes d'or sortirent des entrailles de la terre dans la région d'Ambakirano, … »
Selon le plan Directeur du Ministère de l’Energie et des Mines, le secteur aurifière des communes rurales de Betsiaka, Ambakirano, Ranomafana, Ambatobe, Anjajavy, déjà de 1906 à 1934 affichait déjà une production de l’ordre de 7.285 Kgs. Et cette source de richesse n’est pas encore prête de tarir. C’est la raison principale de la présence des exploitants de la Société Madamining qui, à cause de quelques lacunes administratives avait provoqué des vagues de protestations assez énergiques de la part de la population riveraine. Ces chiffres nous donnent une idée de l’importance de la Région d’Ambilobe et les retombées qui, pourtant devaient rejaillir depuis sur une population foncièrement ancrée à la production agricole et pour ne s’intéresser aux activités minières du métal jaune que plus tard. La monopolisation coloniale aidant, le secteur était uniquement réservé à des investisseurs étrangers. Même du temps de la Monarchie déjà les mêmes sources rapportent « Sous la pression du Premier Ministre Rainilaiarivony – qui voyait dans l’exploitation de l’or un moyen de créer des ressources pour le pays – l’exploitation de l’or fut décidée et commença, en 1884, dans le nord d’Ambositra. Cependant, les rendements furent faibles, une grande partie de l’or étant détournée par les ouvriers, très mal payés. Cette situation amena le Premier Ministre à attribuer des concessions en échange de royalties. Le 2 décembre 1886, la première concession d’exploitation aurifère fut accordée à Léon Suberbie qui s’engageait à fournir les salaires et le matériel, le Gouvernement malgache s’engageant à trouver les travailleurs. Ce dernier recevait 10% du produit brut, les 90% restant étant partagés entre Suberbie et le Premier Ministre (…) Après l'expédition de 1895, et avant même que le pays soit déclaré colonie française, un décret-loi réglementant la recherche de l'or, fut promulgué. Sous ce régime, il fut exporté, en 5 ans de 1897 à 1901 environ 2500kg d'or... »
Il n’y a donc pas lieu de s’étonner si de nos jours, cette tradition de la complicité du pillage continue à faire les beaux jours de quelques barons du régime qui ont réussi à se lier d’amitié avec l’invasion étrangère pour de nouveau continuer la prédation commencé par la puissance coloniale. Du nord au Sud, d’Est à l’Ouest, tout le territoire est quadrillé par ces nouveaux conquistadors bien équipés de matériels lourds prêts à dévaster le sol de ce pays pour en extraire le maximum d’or avec des risibles et symboliques redevances pour le Trésor par rapport aux milliers de tonnes soutirés des entrailles de Madagascar pour enrichir la puissance financière chinoise. Avec tous les documents officiels les plus convaincants pour camoufler les accords sournois et illicites entre des décideurs très haut-placés et les sociétés prédatrices, les périmètres aurifères du District d’Ambilobe se trouvent sous la coupe de quelques étrangers qui se comportent envers les habitants en véritables seigneurs qu’il ne faut surtout pas indisposer. Et c’est tant pis pour les périmètres cultivables qui sont empiétés purement et simplement de force et de fait Officiellement sous le couvert de la Société d’Etat Kraoma, les exploitations quasi clandestines et en contradiction flagrante avec le Code minier sont créditées d’autorisations de l’ordre de 40 ans de catégorie E pour extraire de l’or, de la barytine pyrite-quartz. Sans aucun contrôle officiel. La preuve : avec une fréquence inquiétante et très suspecte pour ne pas dire préjudiciable pour les intérêts supérieurs du pays, un hélicoptère vient prendre livraison d’une cargaison à laquelle personne n’a le droit de vérifier. Andrafialava ou ailleurs, les sites d’exploitation on interdit d’entrée la presse et même les habitants. Sauf les ouvriers qu’on y emploie.
Dans un contexte aussi flou et dominé par les compromissions des responsables de l’Etat, le climat socio-politique locale se trouve pratiquement perturbé que si, très vite, le pouvoir exécutif ne se démarque pas de cette magouille institutionnalisée, c’est tout le pays qui en pâtira et en subira les conséquences dramatiques à court terme. L’or est un minerai précieux auquel est attaché un tabou qui provoque une malédiction à ceux qui s’en empare à tort et par la ruse. Superstition dites-vous ? L’avenir nous dira qui a raison…