chronique de N. Razafilahy: Les zones d’ombre de la Francophonie

En marge des enjeux et des impacts socioéconomiques, culturels et politiques de l’existence même, les observateurs comme Sefafi relèvent avec pertinence que « la dimension géopolitique majeure de la francophonie, la langue française ne pouvant être réduite à son aspect purement linguistique et ne pouvant être culturellement ou politiquement neutre, notamment en Afrique et à Madagascar. La francophonie regroupe 274 millions de personnes parlant le français, réparties sur les cinq continents, un nombre assez modeste sur le plan international. »  

Au-délà de toutes considérations qui, pour Madagascar doivent tendre clairement vers la question qu’on devrait peut-être se poser qui est de savoir comment « l’accueil du sommet de la Francophonie explique, clarifie et énonce ce que nous voulons. Quelle langue utiliser au quotidien, à l’école et au bureau ? Quelle politique linguistique appliquer? » Sans minimiser «la santé de notre langue maternelle ». Il n’y a pas lieu surtout aussi de frustrer les bonnes volontés locales qui, avec sincérité, et civisme avaient contribué matériellement et financièrement à la construction des travaux et autres infrastructures sur le site du Village de la Francophonie. Si le 3 novembre dernier lors de la visite des chantiers Mme Michaëlle Jean «en constatant de visu l’avancement des travaux de finition » a déclaré «être impressionné par tout ce qui a été construit », elle n’a pas caché que «le pari d’offrir des kiosques est gagné ». La Secrétaire Générale de l'OIF a le droit légitime de se sentir satisfaite des travaux finis, mais au moins qu’elle ne perde pas de vue, un volet très important de la réussite prévisible et souhaitée les contours de la gestion financière des préparatifs de ce XVIème Sommet de la Francophonie. La méfiance affichée par une majeure partie de l’opinion quant à la prestation étatique nationale vient du fait qu’ «occupées à prétendre que tout va bien, les autorités installent le décorum qui jettera la poudre aux yeux des chefs d’État invités. Mais elles gardent un silence épais sur le budget officiel alloué à cette manifestation et sur les contrats PPP conclus dans le cadre des Projets présidentiels (1), en dépit des multiples demandes émanant de la société civile. Une chose est sûre pourtant, nous le paierons très cher, ce sommet, et pas seulement en termes de coût matériel, financier ou économique.» Et les observateurs souvent taxés de tous les qualificatifs de citer « à titre d’exemple, les conditions du contrat avec la China Harbour Engeneering Company, pour la construction de nouvelles bretelles autoroutières, ne sont pas connues. » Il n’y a pas que çà, la plupart des entreprises qui ont mis la main à la pâte et payé de leur trésorerie les coûts des prestations et des travaux se trouvent actuellement acculées dans des situations pas du tout confortables. Parce que les factures impayées s’amoncellent et gênent considérablement les activités de leur profession. Malgré les multiples réclamations adressées à qui de droit, les démarches restent et demeurent sans suite. C’est comme si quelque part, on est en train d’égorger malicieusement ces prestataires. Dans une déclaration rapportée par un communiqué officiel de la Présidence de la République « Me. Michaëlle Jean a laissé entendre qu'il y a déjà des demandes pour les locaux d'Andohatapenaka, pour l'organisation de tels événements, et d’ajouter que dans ce sens, les investissements sur ces lieux seront rapidement rentabilisés. Il s'agit vraiment ainsi d'une valeur ajoutée pour Madagascar.» Ce disant, réalise-t-elle ou a-t-elle conscience au moins que des chefs d’entreprises se morfondent à la pensée de devoir subir les affres de ces paiements différés sans aucune promesse de régularisation acceptable ? A propos de la China Harbour Engeneering Company, de telles préoccupations ne se posent même pas. Elle n’a aucun souci à se faire sur le plan financier pour les travaux effectués, les médias locaux n’arrêtent pas de faire des découvertes et des révélations sur les multiples sources de revenus officielles ou illicites sur tout le territoire national. Elle a des tentacules et des filiales qui envahissent les secteurs porteurs comme les mines d’or, de chrome et d’autres métaux rares qu’on révèle rarement au public.

Devant une invasion douteuse de cette envergure, tôt ou tard, au nom des intérêts supérieurs de Madagascar, n’importe quel citoyen de ce pays ne peut que souhaiter que, qu’un rapport sans fard dévoile au public les aspects franchement négatifs des mesures et démarches officielles douteuses qui avaient entouré les travaux de préparation de ce sommet. C’est trop facile de décréter que «ceux qui s'opposent ou empêchent la tenue de ce Sommet pourraient être irrémédiablement qualifiés de non patriotes.» Pour pouvoir évoquer «les aspects positifs du Sommet dont l’accueil constitue une grande chance pour Madagascar », il ne suffit pas de diaboliser les bonnes âmes qui se méfient d’une équipe de profiteurs en col blanc. Surtout que le rôle du président de la République n’est pas de lancer des fatwas sur des administrés qui ne font que leur devoir de citoyen confrontés à des situations pour le moins, relevant purement des délits d’initiés aggravés par des actes de filouteries accomplis dans le cadre des prérogatives étatiques. Vivement l’après-sommet ! « A la fin saura-t-on qui a mangé le lard ? », tout le monde a besoin de savoir…

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