Antsirabe: Le laxisme et ses conséquences
Dans le cadre de sa participation au XVIème Sommet de la Francophonie à Antananarivo, le Roi du Maroc, Mohamed VI, est attendu à Antsirabe dans les prochains jours pour une visite officielle et la pose de la première pierre d’un centre hospitalier pour les mères et enfants à Antsirabe. Ce complexe hospitalier sera le plus important dans l’océan Indien.
Sauf modification de dernière heure son programme de séjour comportera ce pèlerinage dans la ville où selon les médias internationaux «Mohammed V, le grand-père de l’actuel roi du Maroc ainsi qu’une partie de sa famille ont été exilés à Antsirabe au temps de la colonisation, plus précisément, en 1954. C’est ce qui explique l’attachement de la souveraineté marocaine à Madagascar. Le peuple malgache a bien accueilli la famille Mohammed V, ce qui a renforcé cette relation entre les deux pays. »
Pour un séjour sentimental qui s’annonce sous les meilleurs auspices cependant, il se trouve qu’à cause des maladresses et autres bourdes locales de la part du maire de la Ville des Eaux, l’éclat d’une relation amicale entre les honorables hôtes risque d’être assombri par une effervescence de quelques habitants irrités par les actes abusifs et les tracasseries administratives d’un premier magistrat de la municipalité trop zélé. Fidèle à l’idée forte à propos qui veut que «l’Afrique doit faire confiance aux Africains », l’héritier du Roi Hassan II n’arrive pas dans la ville natale avec les mains vides, mais des dispositions royales qui font honneur à ses ancêtres, ces héros de la lutte coloniale. Sachant trop bien les défis des pays en développement, le souverain marocain affiche sa détermination à faire sien, le souhait de son grand-père Mohamed V lors de son discours de Casablanca en 1961 concernant «l’Africain aux Africains !» par un modèle de coopération Sud-Sud «unique, authentique et tangible ».
Processus « irréversible » que l’ambassadeur marocain depuis sa présence dans la capitale malgache s’était toujours efforcé de promouvoir. Le diplomate l’a toujours prouvé par ses multiples interventions, dans tous les secteurs, au nom d’une amitié que les deux pays souhaitent voir s’épanouir. Les habitants de cette île se souviendrons d’un discours courageux inoubliable et plein d’enseignement qu’en tant Doyen du Corps Diplomatique, il avait tenu pour soutenir une réalité nationale faite aussi « de dignité ».
Honte à vous, Monsieur le maire ! A cause des bêtises relevant d’un penchant exagéré pour l’obséquiosité et le militantisme politique veule, la municipalité d’Antsirabe n’a pas su négocier avec adresse et diplomatie des problèmes fonciers pourtant évitable pour ne pas dire négociable dans la sincérité. Une ville pourtant réputée pour son hospitalité ancestrale se trouve maintenant avec un risque d’émeute sur les bras, parce que les autorités locales n’ont pas su anticiper les conséquences et les dommages collatéraux d’un litige foncier inutile. Gangrenés par cette maladie contagieuse qui frappe l’ensemble de l’administration nationale, les décideurs locaux n’ont pas cru bon d’écarter à temps le spectre d’une contestation dont on se serait bien passé pour faire honneur aux descendants d’un monarque qui a été la fierté de cette ville d’accueil. Ce genre de problème n’est pas malheureusement propre à Antsirabe sous l’emprise de dirigeants peu soucieux des réalités locales mais plutôt prompts à faire plaisir à des personnalités de la capitale.
Les exemples les plus flagrants portent les noms de localités où la complicité des responsables corrompus fait la Une des médias. De Betsiaka aux rives de l’Ikongo en passant par Soamahamanina et tant d’autres agglomérations, les bavures administratives et les carences honteuses portent atteinte aux intérêts supérieurs et au droit de propriété de tout un peuple. Et pour cause, les avantages en nature et les espèces sonnantes et trébuchantes ont eu raison du sens de l’honneur et de la probité d’un régime qui toute honte bue, préfère satisfaire des investisseurs pas du tout recommandables. Indignés et poussés à bout les habitants risquent de plus faire la différence entre les ressortissants respectables des pays amis et les bandes de pilleurs qui se comportent comme en pays conquis. Le pouvoir central a intérêt à balayer très vite dans la cour de la capitale du Vakinakaratra pour ne pas indisposer les visiteurs royaux avec le spectacle d’une population fâchée par l’étourderie de la municipalité.
Noël Razafilahy
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