200 voitures de la Francophonie: La France ne donne plus, elle loue…
Pour aider le gouvernement malgache dans le transport des invités du sommet de la Francophonie, la France a décidé de louer 200 voitures « avec chauffeurs ». La ministre des Affaires étrangères Atallah Béatrice a salué cette mesure qui est « une contribution considérable de la France ». En fait, cette « contribution considérable » est nettement moindre que ce que la France a consenti au Sénégal, lors du dernier sommet de la Francophonie à Dakar. Lors de cet évènement de 2014 en effet, la France a aidé le Sénégal à se doter de 200 véhicules neufs pour deux milliards de francs Cfa, soit environ 3,5 millions d’euros. Si le montant est plutôt consistant, c’est parce qu’il a fallu faire l’achat d’une cinquantaine de « limousines » pour le déplacement des chefs d’Etat et des chefs de gouvernement. La France étant le principal contributeur de cette acquisition, elle a agi en sous-main afin que le marché fut remis au groupe Peugeot. C’est ainsi que pour les Vip (Very Important Persons), environ 50 voitures « haut de gamme » de type 301 et 508 furent livrées au comité d’organisation. On ne sait si le gouvernement malgache trouvera chez les entreprises locales de location de voitures 50 véhicules de ce niveau…
Des questions donc sur ce brusque changement de formule de la France qui préfère maintenant la location à l’achat. Peut-être que l’Hexagone ne veut pas revoir ici la fin déplorable des 150 véhicules achetés par le régime Ravalomanana pour le sommet de l’Union africaine, prévu à Antananarivo pour juillet 2009. Le pouvoir ayant été renversé en mars 2009, l’évènement africain fut annulé et les voitures de marque Ford Mondeo, Toyota Camry, Toyota Land Cruiser V8 et Toyota Yaris furent gaiement distribuées aux gros bonnets du nouveau régime. On sait que beaucoup de ces véhicules n’ont jamais été restitués à l’Etat, car ont été immatriculés au nom des titulaires, ou ont été repeints et soustraits au parc officiel. La France a d’autant plus été consternée par ces pratiques qu’après la chute du « francophobe » Marc Ravalomanana, le chef de la transition Andry Rajoelina (qui a la nationalité française) avait ses faveurs…
Peut-être aussi car la France craint qu’après le sommet de la Francophonie, les véhicules ne soient remis aux députés qui exercent actuellement un chantage sur l’Etat pour en avoir. Certains pourraient dire que la France a financé l’octroi de véhicules aux députés malgaches, alors que la question fait polémique et que l’opinion publique est résolument contre... Dans les deux options d’ailleurs, les contribuables français pourraient réclamer des comptes… Notons d’autre part qu’en cas d’appel d’offres, les marques françaises ne partent pas forcément gagnantes et qu’il faut un solide coup de pouce de l’Etat pour voir Peugeot ou Renault s’adjuger le marché. A l’heure où Madagascar réalise une solide réforme du marché public (suite aux accusations portant sur Ambohimahamasina et la dame Claudine), un marché de gré à gré sur un tel montant fera désordre. A Dakar d’ailleurs après le sommet de la Francophonie, la presse locale s’est déchaînée d’abord sur la procédure illicite de passation de marché. Ensuite sur la soumission du gouvernement sénégalais face au « diktat français » quant au choix porté sur Peugeot. Enfin sur la Francophonie qui ressemble à un « outil sournois pour servir les intérêts des multinationales françaises ».
Bref face aux risques que faisait encourir l’achat de voitures, la France a prudemment bifurqué vers la location…
Adelson RAZAFY