chronique de N. Razafilahy: Menace d’une enquête parlementaire
D’abord essayons de définir la spirale cette forme géométrique de courbe plane qui s'éloigne de plus en plus du centre à mesure qu'elle tourne autour de ce centre. Mais la spirale peut être aussi « une évolution rapide et incontrôlable d’un phénomène ». Pour ce qui nous concerne, le pays tout entier se trouve de nouveau devant l’embryon d’une crise qui ne dit pas encore son nom, même si elle déjà clairement annoncée.
On ne peut pas dire que la confiance règne entre alliés de circonstance lorsque les sénateurs du parti présidentiel eux-mêmes demandent la tête d’un Honoré Rakotomanana, président du Sénat. Sans succès, pour la bonne raison que le Président de la République n’est pas suffisamment suicidaire pour laisser sa troupe scier la branche sur laquelle il est bien assis…Les députés se préparent actuellement à déterrer la hache de guerre. Ils sont pour le moment en train de lancer des signaux de fumée pour appeler les autres chefs de partis à défier une fois de plus le Chef de l’Etat en personne et le gouvernement avec, parce que ce dernier ignore superbement les revendications et autres avantages auxquels les locataires de Tsimbazaza peuvent prétendre…
Pour justifier leurs exigences, les élus de la chambre basse livrent en pâture au public les dépenses folles et exagérées qui alimentent les comptes bancaires et les trésoreries des sociétés-écrans qui servent à engranger les scandaleuses sommes fabuleuses des factures payées par le Trésor Public. Les copains et copines des décideurs ne ratent aucune occasion pour se servir à partir des marchés publics octroyés dans la complaisance la plus totale pour s’approprier des dizaines de milliards d’Ariary. Les organisations des séminaires et des réunions avec des prétextes à géométrie variable permettent de racler les fonds des tiroirs pour éponger les crédits des ministères…Les paiements des prestations les plus ridicules donnent lieu à des pièces justificatifs de dépenses pour vider le Budget de l’Etat. Les médias reçoivent même les confidences et les livraisons des corbeaux qui fournissent des informations et des documents sur des engagements financiers que les ambassades devront apurer, même si ces détournements de deniers publics sont punissables par le Code Pénal. Il n’y a rien de nouveau et secret dans tout cela. Mais la raison qui a poussé les députés à bout vient du fait que sous leurs yeux et à la barbe de tous, récemment l’exécutif se permet de se payer plusieurs dizaines de luxueuses voitures neuves à des prix inimaginables. A tous les habitants, on clame à qui veut l’entendre que l’Etat doit désormais fonctionner sous le signe de l’austérité. Et pour bien montrer que ce nouveau credo éculé pour berner les gogos n’est pas seulement un slogan, les chapitres et autres postes budgétaires destinés aux affaires sociales et pour la santé et le bien-être de la population sont amputés et réduits au strict minimum. Les hôpitaux et centres de santé manquent terriblement de médicaments et n’arrivent pas à faire face à leur vocation. Alors que les membres du gouvernement ne se gênent pas du tout pour se livrer à prendre en charge des liquidations budgétaires ostentatoires. Si les organismes d’observateurs de la société civile ne cachent plus leur méfiance en ce qui concerne l’usage de ce fameux, mais douteux recours au 3P (PARTENARIAT-PUBLIC-PRIVE), c’est à cause de cette manque de transparence dans les opérations cadrées par l’Etat qui, très souvent donnent libre cours aux combines d’une bassesse incroyable. Prenons le cas des préparatifs du XVIème Sommet de la Francophonie, selon le dernier communiqué de Sefafi, les autorités «gardent un silence épais sur le budget officiel alloué à cette manifestation et sur les contrats PPP conclus dans le cadre des Projets présidentiels.» Des intérêts privés inavouables ramassent des mises exorbitantes et aussi des tonnes et des tonnes de ciment détournés ainsi que d’autres matériels. Peut-on en vouloir ensuite à ces députés élus du peuple, sur le plan constitutionnel censés représentés tous les contribuables quand ils refusent de couvrir les mauvaises pratiques financières d’un exécutif trop enclin à la permissivité quand il s’agit de jeter de l’argent de l’Etat par toutes les fenêtres du Ministère des Finances et du Budget sous le couvert de la Présidence cet ogre budgétivore à deux têtes d’Iavoloha et d’Ambohitsorohitra. Avec en prime « la généralisation de la corruption dans tous les secteurs de la vie nationale. Les remèdes y afférant relèvent toujours de l’ordre de l’incantation. »
A un moment où presque un peu partout, le vent de la contestation souffle avec violence et allume le feu de la désobéissance pour faire cramer et détruire par le feu des bureaux, des habitations, des matériels roulants et même des êtres humains coupables aux yeux de la population de n’avoir pas respecté les us, les coutumes, la liberté, les lois et la dignité des Hommes, il faut reconnaître qu’il y a péril en la demeure. Et quand les hommes de bonne foi trouvent qu’« on vit sous le joug d’un présidentialisme fort, à peine déguisé, qui va à l’encontre de la Constitution et favorise l’instabilité à tous les niveaux dans le pays. Le président de la République s’ingère dans tous les secteurs, faisant fi des attributions des départements ministériels et des procédures, s’arrogeant le droit de déterminer – seul – les priorités, aux dépens de la population et de l’économie.» En outre «victime impuissante, la population n’a d’autre solution que de se révolter périodiquement contre une classe politique qui la paupérise et qui la méprise, sans jamais se remettre en question elle-même, » c’est que l’évolution de la spirale d’une crise annoncée a pris une proportion qu’il n’y a pas lieu de sous-estimer. Vous avez déjà eu l’occasion de voir une trombe qui se lève ? La conjoncture actuelle a atteint la même phase. Sauf couardise et vénalité génétique, les parlementaires de Tsimbazaza vont mettre sur pied une commission d’enquête sur les activités de tout l’exécutif. Sauf miracle bricolé par les hauts magistrats d’Ambohidahy, le régime en place ne tardera pas à avoir droit à un traitement institutionnel qui a mis à mal un Jacob Zuma « englué » dans des scandales sulfureux.