Sommet de la Francophonie : des manifs quand même !

Comme à leur habitude avant un grand événement, les forces de l’ordre ont hier fanfaronné devant la presse, vantant avec exagération la qualité de leur organisation en vue du sommet de la Francophonie. Il en était de même avant la fête nationale du 26 Juin, mais l’explosion ayant eu lieu au stade de Mahamasina avec le bilan que l’on sait, elles se sont retirées dans l’ombre pour ne pas avoir à s’expliquer… On ne sait ce qu’il en sera pour le sommet de la Francophonie (26-27 novembre).

En tout cas, l’état-major mixte opérationnel (Emmo-Nat) a tenu hier un discours de fermeté pour avertir ceux tentés de perturber l’événement. Mais selon toute vraisemblance, le coup de semonce ne dissuadera pas les éventuels manifestants. Le sommet de la Francophonie est, en effet, une opportunité unique, et tous ceux en quête d’une tribune ne manqueront de la saisir.

Citons, en premier lieu, les mouvements apolitiques qui vont exprimer leur grogne devant les hôtes étrangers. Comme les populations expropriées ou dont les maisons ont été démolies dans le cadre de la construction des infrastructures de la Francophonie, surtout les routes (Ivato, Tsarasaotra, Andohatapenaka, digue, etc.). Des groupes de mécontents ont déjà conçu des banderoles qui seront déployées lors du sommet, soit pour protester contre les destructions, soit pour dénoncer la lenteur de la procédure d’indemnisation.

Des petits mouvements indépendants pourraient aussi exprimer leur fureur au passage des hôtes étrangers, comme les propriétaires de pousse-pousse, charrettes et scooters qui sont interdits de circulation le temps du sommet. Comme aussi les amoureux du rugby d’Atsimondrano qui pointent le doigt sur l’appropriation par un étranger du terrain d’Anosizato. Un peu excentré mais dans le cadre toujours du sommet, des résidents du terrain d’Ambohimanarivo (Antsirabe) menacent de manifester devant le roi du Maroc leur refus de l’expropriation. La surface a été remise au gouvernement marocain pour la construction d’un hôpital et d’un centre de formation professionnelle.

Il y a ensuite les politiques qui sont de deux ordres. D’abord, ceux qui veulent profiter du sommet pour attirer l’attention sur la situation des Iles Eparses que la France refuse de restituer. Plusieurs entités, du Mouvement pour la défense des Iles malgaches au Front patriotique, en passant par le Collectif pour le Retour des Iles Eparses, pourraient se mettre en avant d’une manière ou d’une autre. Certaines d’ailleurs ont déjà osé braver les interdictions et ont défilé sans autorisation. Notons que l’un des éléments les plus audacieux, Alain Ramaroson, est toujours maintenu en détention à Antanimora. Peut-être car sa devise est « Pas de sommet de la Francophonie sans restitution des Iles Eparses ». Citons ensuite ceux qui estiment que la tenue du sommet à Madagascar est déplacée, en raison de la misère de la population ou de la stérilité du rassemblement. Les mouvements les plus agissants, comme le Dfp ou le Rmtf, subordonnent la tenue du sommet soit au paiement par la France des indemnisations sur l’insurrection de 1947, soit à la restitution des Iles Eparses.

On chuchote que « Mitsangana ry Malagasy » pourrait programmer un meeting le samedi 26 novembre, suite au rassemblement interdit du 27 août dernier au gymnase couvert. Et ceci, pour que les pays participants du sommet sachent l’état de la démocratie et des libertés dans l’île. Ces deux dernières valeurs figurent en effet au fronton de la Francophonie, et une interdiction de meeting devrait provoquer une réaction de la part de l’organisation internationale.

Prudence quand même car les chars Brdm seront sortis lors du sommet et postés dans les rues. Suite à la répression des manifs de ces derniers mois, les militaires ont le cœur… blindé.

Adelson RAZAFY

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