CHRONIQUE DE N. RAZAFILAHY: La région du Bongolava notre Far-West insoumis

La ville de Tsiroanomandidy, le chef-lieu de la région du Bongolava a toujours été un marché de bestiaux de réputation nationale très connu pour la qualité marchande des zébus que les éleveurs y proposent. Puis au fil des ans, avec la recrudescence des vols de bœufs, elle a pris des allures d’un centre d’écoulement du bétail d’origine pas très légale venant des horizons lointains du Melaky, du Menabe et même pâturages d’Ihosy et de Betroka. A plusieurs occasions, elle a même été le théâtre d’actes criminels liés au commerce de la viande et du cuir.

Il y a 15 jours, une bande de voleurs a attaqué le village de Boribepoaka les armes à la main et s’empare de 36 têtes de zébu sans donner aux habitants l’occasion de réagir. Après leur passage, les villageois s’organisent pour une poursuite vers un endroit connu pour être le refuge où les bandes organisées rassemblent leurs prises avant de les écouler sur les marchés hebdomadaires des districts limitrophes. De village en village, les volontaires pour la poursuite passent dans les localités qui servent de repaires aux hommes de main de ces activités criminelles. Il est de notoriété publique que les villages d’Andrafiabe, Mangabe et Ambodivato servent de relais aux bandits et les troupeaux volés avant de les centraliser près de la montagne de Zozonomby aux contextures géologiques favorables pour servir de cachette en attendant le moment idéal pour livrer les bêtes. A noter que les alentours de cet endroit offre des dédales de sentiers qui servent de lieu idéal pour les guetteurs et empêcher et piéger les poursuivants. Malgré la bonne volonté des villageois soutenus par des militaires et des gendarmes, les propriétaires n’ont pas pu récupérer 24 des bœufs pris par les dahalos. Ils avaient eu même la mauvaise surprise de constater les cuirs et les carcasses de quelques bœufs amassés en tas bien en vue au village d’Andrafia II. Une manière pour les voleurs de ralentir les poursuivants. Découragés ces derniers sont rentrés à domicile avec la ferme intention de mieux se réorganiser pour prendre d’assaut cette fois-ci les refuges de la montagne de Zozonomby avec l’aide du député Raholijaona qui déclare avoir éliminé deux dahalos au cours d’un affrontement avec les voleurs.

Avec la série de pillages de parc à bœufs avec violence de ces derniers jours, nos sources déplorent, rien pour le village de Boribepoaka que sur le nombre total de 1.000 bœufs que possédaient les habitants, il ne reste plus qu’un troupeau d’à peine 100 têtes. Rien que pour le nommé Beza, il a dû dire adieu à un troupeau de 160 zébu qui ne sont jamais retrouvés… Une telle situation préjudiciable pour l’économie rurale ne peuvent se pérenniser que grâce surtout au laxisme de l’administration territoriale dirigée par le Préfet de Région et le préfet de Tsiroanomandidy. Parce que ces hauts fonctionnaires ne maîtrisent pas le commandement de la circonscription, les subordonnés se livrent à cœur joie à des ventes clandestines des documents FIB (Fiche Individuelle de Bovidé) aux prix qui varient entre 125.000 et 240.000 Francs pièce. Munis de ces documents officiels délivrés en cachette, les collecteurs de bœufs volés arrivent à « blanchir » les bêtes prises aux paysans, puis livrées au grand jour à des clients affranchis sur l’origine réelle du bétail qu’ils embarquent vers la capitale ou leurs usines.

Cette faille dans la chaîne administrative de la lutte contre les vols de bœufs ne facilite point les activités répressives des forces de l’ordre qui risquent leur vie lors des interventions en rase campagne, pendant que des fonctionnaires civils deviennent purement et simplement des auxiliaires bureaucratiques de ceux qui s’emparent des bêtes d’élevage des paysans pour le livrer à des collecteurs. Ces commerçants patentés servent de fournisseurs à ces nouvelles usines en mal de matière première pour honorer une demande internationale qui dépasse largement l’offre régulière locale de notre pays. Moralité : tant que l’administration territoriale tombent dans les pièges de ces organisations criminelles avec la bénédiction tacite de quelques personnalités très hauts placés, la justice elle-même devient inopérante et le cercle vicieux favorisera toujours l’extermination de notre cheptel national au profit des consommateurs des grandes surfaces d’Europe, d’Afrique, d’Asie et même des Comores et de l’île Maurice. Pour arrêter le massacre, qui osera décapiter ce commerce juteux dont les enjeux se chiffrent à des milliards d’Ariary ? A titre de rappel, il ne faut pas oublier que les instruments de ce mal ont commencé à s’installer dans notre pays avec comme promoteur initial le ministère de l’Elevage du temps de Hanta Randriamandranto…

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