Les syndicats en effervescence: "On veut tuer la Jirama"

Alors que les délestages se sont estompés, les attaques contre la Jirama repartent de plus belle, plus particulièrement à l'endroit du DG de la compagnie. "Pas de financement sans le limogeage du DG", titrait d'ailleurs un de nos confrères. "Le dénigrement par voie de presse de la Jirama et de ses dirigeants s'est accentué depuis un mois, même la presse alliée au pouvoir s'y met", constatent les leaders syndicaux de la compagnie.

Tout a commencé quand les syndicats de la Jirama ont révélé "les vérités" sur l'électricité à Madagascar après que le ministre des Finances ait accusé la Jirama d'avoir détourné 20 milliards Ar. "Cherchez autour de vous où a disparu cette somme car vous savez bien que la Jirama ne voit pas la couleur d'un seul ariary des allocations de l'Etat, les factures des fournisseurs sont envoyés au ministère des Finances pour un paiement direct", avaient rétorqué les syndicalistes. Où sont donc passés ces 20 milliards Ar ?

Il est, en effet, difficile de croire que le ministre des Finances ait menti. Et on ne peut pas non plus évoquer une erreur vu le montant. Ce dont on est sûr est que ces 20 milliards figurent certainement dans "les questions de transparence" évoquées par le vice-président de la BEI (banque européenne d'investissement) qui "attend des réponses".

"Qui sait si c'est à cause de ces 20 milliards qu'on nous attaque?", se demandent nos interlocuteurs qui appréhendent un scénario catastrophe: le démantèlement de la Jirama. "Il serait plus facile de faire accepter à la population la cession de la Jirama comme on l'a fait pour la centrale attribuée à Symbion Power quand on fait croire au public que les dirigeants et les cadres de la Jirama sont des voleurs et incompétents, que la compagnie est un gouffre financier et le service minable".

Les leaders syndicaux se rappellent notamment du cas de la raffinerie de Toamasina dont la fermeture avait été exigée par la Banque mondiale qui n'a pas accepté un sou pour sa réhabilitation. Apres la privatisation, les critiques fusent sur les coûts excessifs de raffinage et la mauvaise qualité des produits. Le coup fatal fut donné par Marc Ravalomanana qui avait pour principal conseiller économique, le représentant résident de la Banque mondiale. Il avait accusé la raffinerie de sabotage économique en exportant du fuel à Maurice, produit qui était pourtant en surproduction à Madagascar. La raffinerie fut scellée et n'a plus jamais redémarré.

Parallèlement, la gestion de la Jirama fut confiée à Lahmeyer International qui ne trouve autre solution au problème énergétique que d'importer des groupes et favoriser l'installation de producteurs privés d'électricité, les groupes installés utilisant tous le gas-oil car le fuel n'existait plus sur place après la fermeture de la raffinerie.

En fait, réitèrent les syndicalistes, la Jirama est victime de l'interventionnisme des différents régimes qui se sont succédé. "Quand votre prix de revient est de 700 ar et qu'on vous oblige de vendre le kwh à 200 ar sans que l'Etat paie la différence par des subventions et que le même Etat ne paie pas ses factures, qui doit-on accuser de mauvaise gestion?", fait-on remarquer en estimant "particulièrement injustes les suspicions, voire les accusations de détournements, contre les dirigeants de la compagnie".

Les syndicalistes témoignent que "tous les contrats font l'objet d'un appel d'offres. Le DG ne siège pas dans la commission d'évaluation des offres, il ne fait que signer la décision de la commission. Par contre, les ministres des Finances, de l'Energie et des entités y sont représentées. S'il y a malversations, ce serait collectif au niveau de la commission". Révélation pour révélation, on rapporte que le DG de la Jirama a invité le Bianco à participer aux travaux de la commission. "Au bout de 3 ou 4 offres examinées, le Bianco, tout en appréciant la démarche, se retire pour "ne pas être juge et partie"".

Bref, les syndicalistes qui n'ont jamais été aussi solidaires avec leurs dirigeants estiment qu'on veut faire de leur DG un bouc émissaire. "Le clan de Washington (les ministres des Finances et de l'Economie qui ont négocié avec le FMI) est tiraillé entre la promesse du chef de l'Etat de régler le délestage et les engagements de limiter les subventions et il ne trouve mieux que de tirer sur la Jirama et son management auquel il est pourtant totalement responsable en étant représenté au sein du conseil d'administration".

A priori, considéré comme une prise de position en faveur de la direction, la réaction du personnel se veut être "un appel pour que chacun prenne conscience pleinement de la situation. La Jirama et ses infrastructures aussi vétustes soient-elles, font partie de notre patrimoine nous devons le sauvegarder", ajoute- t-on. "Qui oserait imaginer ce qui se passerait si on arrêtait pendant 2 ou 3 jours les services dits minables de la Jirama sans service minimum ?". Si ce n'est un avertissement, c'est tout comme. De toute façon, une grève de la Jirama n'affecterait, selon la Banque mondiale, que 14% de la population à Antananarivo.

Salomon Ravelontsalama

Ajouter un Commentaire