chronique de N. Razafilahy: C’est trop calme et c’est mauvais signe...

Après les remous et les agitations permanentes qui ont marqué le climat politique du début de ce dernier trimestre, l’air de la capitale est devenu comme par enchantement plus respirable en l’absence de ces effervescences en séries sur des sujets qui fâchent l’opinion. Les réunions et conciliabules se déroulent désormais dans la discrétion, plus de déclarations fracassantes, plus de menace de grève. Les parlementaires eux-mêmes, visiblement énervés par un président du Bureau Permanent très enclin à gérer en solo l’administration du Sénat, ainsi que les députés frustrés d’être traités comme le dernier des soucis de l’exécutif semblent avoir opté de faire profil bas.

C’est comme si, après le coup d’arrêt de la condamnation des meneurs du mouvement contestataire de Soamahamanina, l’indifférence affichée par le pouvoir à propos des litiges fonciers urbains et les dossiers de contentieux sur les envahissements territoriaux des investisseurs miniers étrangers atteints par la fièvre de l’or, les mouvements de refus animés par une opposition fantomatique ont reçu 5 sur 5 le message de la dissuasion et choisi de ranger les banderoles de la protestation. Il n’y a plus que les médias qui n’arrêtent pas de véhiculer les constats sur l’état des lieux effectué par les autorités religieuses et les observateurs de la société civile. Malgré ce calme apparent et cette sérénité de façade affichée par les responsables du régime qui, tout au long des périples de séduction d’une inauguration à l’autre montre ouvertement une autosatisfaction que la masse avale toujours de travers à cause des dures réalités quotidiennes que les distributions des subsides aux familles en situation précaire n’arrivent pas gommer. C’est la grogne dans toutes les couches sociales confrontées à cause d’une situation trop flagrante dévoyée parce que « la paupérisation et les souffrances continues de la population sont tout simplement ignorées par les politiciens. » Surtout que selon une réalité mise exergue par les mêmes observations de Sefafi le président peu respectueux de la constitution «s’ingère dans tous les secteurs, faisant fi des attributions des départements ministériels et des procédures, s’arrogeant le droit de déterminer – seul – les priorités, aux dépens de la population et de l’économie. » Une attitude qui dérange les fonctionnements normaux des institutions de l’Etat.

«Dans ce climat délétère », les députés depuis le début de leur mandat houspillés par leurs électeurs sont maintenant bien obligés de se plier aux obligations constitutionnelles auxquels ils sont soumis. Pour preuve cette rencontre avec le Ministre des Finances et du Budget qui s’est déroulé hier dans une atmosphère pas très habituelle. Pour la séance de la présentation de la Loi des Finances 2017, il faut reconnaître que la prestation du membre du gouvernement entouré de son staff a été comme une douche froide. Les parlementaires avaient bien entendu prévu de réserver un accueil assez spécial au ministre Gervais Rakotoarimana pour plusieurs raisons que le public souvent tourne en dérision. Alors qu’en réalité, à en juger par les interventions des quelques locataires de Tsimbazaza en réaction à la lecture d’une synthétisation des documents budgétaires, les élus étaient déterminés à faire valoir les aspirations réelles de la population. A un gouvernement qui prône d’entrée de jeu, une croissance économique durable et inclusive, par des efforts d’équilibre pour éviter trop de déficit tout en cherchant de réduire les impacts négatifs sur la vie de la nation dans le cadre de la stabilisation de l’Ariary, composé en tout et pour tout de 36 parlementaires présents lors de la séance, l’auditoire n’a point caché un réel scepticisme…Ceux qui ont pris la parole hier pour émettre des remarques pertinentes, sans attendre les travaux de commissions, l’un après l’autre, ils ont soulevé des inadéquations du projet de budget avec les exigences des intérêts supérieurs de leurs électeurs. Aux chapitres des dépenses surtout, le ministre et ses techniciens étaient obligés de supporter les critiques sur une politique nationale de développement économique et social alors que les efforts financiers à consacrer à la sécurisation du territoire en général et du monde rural en particulier n’a pas été suffisamment pris en compte, pour ne pas dire pas du tout. Surprise : un intervenant a même eu le culot de remarquer clairement les caractères stéréotypés des composants des documents livrés à l’Assemblée Nationale. C’est tout juste s’il n’a pas qualifié de « copier-coller » des éléments de l’exercice précédent, les documents qu’on a utilisé pour ce Projet de Loi n°037/2016 portant Loi de Finances pour 2017, avec quelques modifications bien entendu…

A la lumière des premières réactions des députés, il faut reconnaître que la suite de l’examen du projet de budget promet des tas de surprises. Hier déjà, les abus des recours aux subventions au profit de Jirama, les prêts (?) consentis à des secteurs pourtant mauvais contribuables vis-à-vis du fisc, les « coupes sombres » au détriment des financements des fonctionnements des collectivités, des priorités sociales (Education Nationale, Enseignement Supérieur, Santé et Population, subventions de l’Enseignement Privé), furent évoqués sans complaisance. Bref, l’Assemblée Nationale n’a pas l’intention de laisser faire les artisans de la préparation d’un Budget 2017 qui n’a tenu compte qu’actuellement de la véritable orientation stratégique légitime consiste à « vouloir le bien commun du pays et de ses habitants. Voilà pourquoi la collectivité confie le pouvoir à des représentants chargés d’agir en son nom pour le bien de tous. ». En aucun moment, l’épineuse question sur la dotation d’une véhicule 4X4 n’a eu voix au chapitre…Pourquoi ? Le débat pourtant n’est pas clos, surtout que les députés en veulent à l’exécutif de faire preuve d’un favoritisme extrême sélectif et scandaleux en dotant de moyens de locomotion à des petites amies secrétaires, à des tas de membres de cabinet qui ne font rien de vraiment productif pour le pays. Clientélisme politique oblige ! C’est justement ce genre de détail qui inquiète les observateurs quand il s’agit d’appréhender « le calme avant la tempête… »

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