Francophonie économique: Une force de frappe encore trop modeste !
Le sommet de la francophonie se tiendra dans quelques jours à Antananarivo et sera accompagné de son lot de désagréments pour les Tananariviens, ceux-là même qui génèrent 55% du PIB du pays. Or, la francophonie économique suscite encore des interrogations, même au niveau des experts : est-elle une réalité ou un mythe ? Les uns avancent qu’elle est une réalité. Ils avancent des arguments comme quoi les échanges commerciaux francophones représentent 20% du commerce mondial, alors que chaque pays membre échange 1/4 de sa production avec ses partenaires francophones. Les autres pensent que la francophonie économique en est encore à son stade conceptuel. Spécialiste en intelligence économique, Guy Gweth explique dans une interview de la RFI : « La francophonie économique en est encore à son stade conceptuel. Il va falloir faire beaucoup d’efforts, car la francophonie en tant qu’institution est une vieille dame extrêmement bureaucratique, politisée, et trop sous influence française pour pouvoir refléter la nouvelle dynamique telle qu’elle est aujourd’hui au sein même des pays francophones, avec une montée en puissance, notamment des pays d’Afrique francophone. Il est important de lui donner les moyens de passer de la phase conceptuelle à la phase opérationnelle ». Il ne faut pas non plus oublier la présence de plus en plus marquée des Chinois sur le continent, la montée progressive de pays arabes comme l’Arabie saoudite…
Des investisseurs chinois remarquent d’ailleurs que si la France et des pays européens sont très présents en Afrique, c’est qu’ils y ont encore beaucoup d’actifs depuis le temps qu’ils y sont. Il n’y a donc plus de pré-carré français ou autre. Or, ces investisseurs chinois avancent que la Chine et les pays émergents ont vu bien avant l’Europe la croissance africaine et son potentiel depuis plus de 20 ans déjà. Ils ont donc fait leur chemin sur le continent petit à petit pour s’imposer de plus en plus. Sinon, il faut remarquer que la présence française sur le continent est assurée par des grands groupes. Or, les PME sont considérées comme le relai de croissance pour les prochaines décennies. Le Conseil des investisseurs français en Afrique (CIAN) remarque toutefois que dans 15 ans, il y aura peut-être beaucoup moins d’opportunités pour les PME françaises de s’installer en Afrique. En principe, les PME, qu’elles soient locales ou internationales, génèrent des effets socioéconomiques plus importants, si les grands groupes sont sources de recettes fiscales pour l’Etat. En ce qui concerne la francophonie économique, certains analystes pensent qu’elle existe mais est loin d’afficher les mêmes performances que le Commonwealth.
Comme quoi, elle rencontre encore beaucoup de freins dont le manque d’unification de la politique économique des pays membres et d’ouverture de leurs marchés. Autrement dit, les barrières tarifaires subsistent encore et ne facilitent pas les échanges. Les fortes inégalités entre les pays membres débouchent sur le même problème. En effet, seuls quelques pays émergent du lot. Citons le Canada, la Belgique et la France. Le gros du peloton figure encore parmi les pays pauvres ou même plus pauvres comme Madagascar. Dans le Commonwealth pourtant, les échanges sont favorisés par la présence de nombreux pays riches et émergents dont l’Afrique du sud, le Nigeria, 1ère économie d’Afrique.
Fanjanarivo