chronique de N. Razafilahy: Autosatisfaction locale et fierté pour la Chine
Pour la République de Chine Populaire représentée par l’Ambassadrice Yang Xiaorong lors de l’inauguration de la rocade reliant Andohatapenaka à l’Aéroport d’Ivato, la réalisation et la finition de ces grands travaux routiers de ce tronçon d’un peu plus de 5 km est une réelle et juste occasion de satisfaction et « de fierté ». Vu le délai imparti, c’était un véritable pari et non plus une course contre la montre mais contre le calendrier. Ce faisant la coopération de ce grand pays vient d’enlever une épine du pied des responsables de ce régime coincés par diverses contraintes internes et le désir de faire briller sur le plan internationale l’étoile d’une ambition géopolitique pourtant handicapée par un déficit de moyens financiers. La voie est maintenant ouverte pour le déroulement souhaité de la Francophonie. Que le spectacle commence !
Le président Rajaonarimampianina a raison de se féliciter de pouvoir assister à l’inauguration de cette rocade qui représentait une question d’honneur pour lui personnellement et pour toute son équipe. Ce tronçon bitumé qui le relie à cet axe de cauchemar en direction d’Ivato, à cause des embouteillages, portait sur chaque mètre le soupir de satisfaction de ceux qui dirigent ce pays. Et la joie du Chef de l’Etat n’était feinte lorsque dans son discours d’hier, il avait tenu à rappeler les sarcasmes et le scepticisme auxquels il avait dû faire face avant d’exprimer avec beaucoup trop de superbe la gloriole d’avoir été le promoteur principal et initial de tous ces projets qu’on envisage de sortir de terre pour le développement d’Antananarivo sur le plan de la circulation terrestre en général et à propos de la modernisation des réseaux routiers qui datent du temps de l’administration rurale. Il n’y a donc pas lieu d’en faire une fierté personnelle ou de s’en attribuer la paternité des ouvrages réalisés. L’administra-
tion de la 4ème République n’a fait que continuer et améliorer les travaux effectués par d’autres avant elle. Toutes proportions gardées, on peut affirmer sans hésiter que Philibert Tsiranana, Didier Ratsiraka, Albert Zafy et même Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina avaient aussi laissé leurs empreintes dans le domaine de l’aménagement du territoire. Pas avec les mêmes motivations ni les mêmes moyens et manières de procéder bien sur… Ce n’est pas pour une rocade de moins de 10 km avec la promesse (toujours des promesses) de doter la capitale d’autres bretelles et jonctions, qu’il y a lieu d’en faire tout un plat. Comme ces sportifs qui pendant ce bain de foule programmé d’hier qui avait trouvé le mot juste, il suffit de dire « Merci Président ! » Courage et puis bonne continuation, d’autres chantiers vous attendent pour que les générations futures ne gardent pas de vous et de votre équipe, que les mauvais souvenirs de l’Age d’or des trafics en tous genres, la mauvaise gouvernance et l’injuste paupérisation de la population.
A propos de cette plaque commémorative qui porte les noms des personnalités de la république qui ont lié leur sort à la réalisation des travaux inaugurés en grande pompe, les historiens écriront sûrement plus tard des détails que le grand public ne saura jamais. Mais souvenons-nous toujours de ces railleries peut-être exagérément ingrates et à courte vue adressées à un Marc Ravalomanana qui a réussi le tour de force de réaliser ce qu’un autre Ramanantsoa n’a pas pu mettre en chantier. Les détracteurs de l’ALMA rigolaient franchement en disant que « les kilomètres de routes asphaltés » ne peuvent pas remplacer les denrées alimentaires dont la population avait besoin pour ne plus avoir faim… Les voies de communication sont très utiles pour un pays qui envisage de se développer, mais il y aussi la lutte contre la famine et la malnutrition pour lesquelles, il faut consacrer des chapitres budgétaires appropriés et consistants. L’harmonie de la bonne gestion financière et le traitement légitime que les administrés attendent de ceux qu’ils ont élu doivent tendre vers plus de justice. Afin de mettre fin à cette tendance maladive à l’aveuglement pour la politique spectacle et cette surdité des dirigeants aux doléances légitimes de ceux qui subissent l’oppression et le déni de leurs droits de citoyens (les propriétaires victimes des accaparements de leurs propriétés foncières, les paysans spoliés par les invasions des investisseurs de types conquistadors atteints par la fièvre de l’or). Force est de reconnaître comme les observateurs de Sefafi que « Tout le monde le sait, sauf nos dirigeants : s’engager en politique, c’est vouloir le bien commun du pays et de ses habitants. » Qui sera assez buté pour s’en orgueuillir même si dans les meilleurs des cas Madagascar peut se vanter d’avoir les plus belles routes du monde d’un bout à l’autre de l’île, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, si les habitants croupissent dans la misère comme ces affamés de l’Androy ? Les maîtres d’œuvre des travaux effectués peut-être ? Parce qu’ils ont réussi sur le plan technique et financier aussi bien entendu…