Système judiciaire: Innocent ou non, il faut payer !
Il suffit de passer et de rester quelques temps dans la cour du tribunal à Anosy pour constater le niveau de corruption qui gangrène le système judiciaire. Des proches des familles de personnes supposées être impliquées dans des affaires de délit ou de crime témoignent : « Tant que vous le pouvez, il faut éviter à tout prix qu’un litige parvienne jusqu’au tribunal. Si l’arrangement à l’amiable peut coûter jusqu’à 3 fois la valeur d’une marchandise en litige, mieux vaut l’accepter au lieu de laisser l’adversaire porter l’affaire au-devant de la justice. Ici (soit à Anosy), il faut payer que vous soyez innocent ou coupable si vous ne voulez pas écoper d’un mandat de dépôt en attendant le procès souvent repoussé sur plusieurs mois ». Pourquoi payer quand on est innocent et que les dossiers d’enquête n’apportent pas les preuves nécessaires pour prouver le contraire ? Le proche d’une jeune femme enquêtée pour recel de téléphones volés répond : « Parce que certains responsables des enquêtes judiciaires et des juges agissent sans plus se référer à leur voix de conscience. Pour eux, chaque dossier vaut de l’argent. L’essentiel pour eux, c’est donc d’en récolter auprès des justiciables, qu’ils soient innocents ou non. Et c’est souvent à la famille de se décarcasser pour trouver le montant exigé qui dépend des responsables et des affaires à juger. Cela peut aller de 400 000 Ar à 10 millions Ar ».
Pour les suspects, l’idée est d’éviter le mandat de dépôt au début de l’affaire, et la prison à l’issue du procès. En effet, la surpopulation carcérale est désastreuse, notamment dans la capitale. Elle crée son lot de problèmes dont les petites et grandes corruptions. Car pour effectuer une visite auprès d’une personne sous mandat de dépôt, il n’est pas rare de devoir payer des agents pour atteindre ladite personne. De plus, l’opinion publique ne se préoccupe pas de distinguer un mandat de dépôt de la sanction judiciaire qu’est l’emprisonnement ferme. Pour elle, c’est du pareil au même. Ainsi, les personnes faisant l’objet de mandat de dépôt sont souvent assimilées à des prisonniers et voient ainsi leur image dans la société ternie. D’ailleurs, la surpopulation carcérale ne permet pas de faire cette distinction. Ce grave problème se vérifie également dans les maisons de correction pour enfants mineurs. Et cette fois-ci, la situation risque d’être plus difficile car selon un responsable, les enfants se racontent leurs « hauts faits » et certains fabulent même pour fanfaronner. Les moins durs risquent ainsi de basculer non plus dans les délits mais dans les crimes, une fois qu’ils sortent de la maison de correction.
En attendant des réformes substantielles, le système judiciaire et pénitentiaire est fort probablement parmi les secteurs les plus corrompus dans le pays. L’instauration de l’Etat de droit scandé à longueur de discours par les dirigeants s’appuie pourtant sur ce système. Comme quoi, il y a loin de la coupe aux lèvres quand on parle d’Etat de droit à Madagascar. D’ailleurs, l’impunité est chose courante, surtout au niveau de hauts responsables et de politiciens ainsi que pour leurs cercles d’amis et d’affaires.
Fanjanarivo