Hery Rajaonarimampianina: Un petit côté…royaliste
Propos du président Hery Rajaonarimampianina en recevant à Ivato le roi du Maroc Mohammed VI : « Quand nous avions appris que c’était le roi du Maroc en personne qui allait venir à Madagascar, nous avions été transportés de joie ». Visiblement, le chef d’Etat malgache apprécie la fréquentation des têtes couronnées et a un petit côté « royaliste ». C’est-à-dire que l’homme a de la sympathie pour les rois et les reines qui dirigent une nation. Il n’est cependant pas «monarchiste», et ne milite pas pour la réinstallation au pouvoir d’une dynastie royale à Madagascar. En tout cas le déplacement nostalgique de Mohammed VI à Antsirabe (où son grand-père Mohammed V fut exilé jadis par le colonisateur français) attire l’attention sur un fait : les autres accordent de l’importance à leurs exilés, tandis que nous, nous les oublions complètement. Qui se souvient par exemple du Premier ministre Rainilaiarivony, déporté à Alger après la conquête française et qui mourut dans cette ville d’Afrique du Nord au bout de cinq mois d’exil, le 17 juillet 1896 ? Qui pense aussi à la reine Ranavalona III, exilée elle aussi dans cette ville où décéda son époux Rainilaiarivony (le couple ne s’y rencontra pas car la reine y fut envoyée après la mort de son mari), et qui y périt en 1917 ? On ne s’appesantira pas sur cette cruauté du colonisateur, mais on songe au poignant exil de cette reine qui n’obtint jamais l’autorisation de revenir dans l’île. On pense à ses photos et à son regard d’une tristesse infinie, on pense aussi à son calvaire car elle vit mourir deux de ses accompagnatrices, sa sœur Rasendranoro et sa nièce Razafinandriamanitra, dont les dépouilles n’ont jamais été rapatriées. On se souvient de sa dernière joie avant de mourir, au moment de la Première Guerre mondiale : envoyée en France pour encourager les soldats malgaches qui allaient partir au front, ces derniers exécutèrent pour elle (avec des instruments traditionnels) des airs interprétés naguère au palais de la Reine. Une dernière joie qui lui fut l’occasion de verser des larmes amères…
La reine étant décédée à Alger le 23 mai 1917, le centième anniversaire de sa mort intervient donc dans six mois. Songe-t-on à marquer cette date, ne serait-ce que par une expo où l’on verrait ses photos (notamment d’exil) ou des effets lui ayant appartenus ? Si l’on y songe, il est temps dès maintenant de faire appel à tous ceux qui possèdent des photos ou des objets souvenirs, afin d’étoffer l’expo. Qui devrait s’y atteler ? Peut-être le ministère de la Culture, les Archives nationales, la Bibliothèque nationale, le Département d’Histoire de l’Université, les associations de nobles ou les descendants de la famille royale. On ne le sait, mais on voudrait surtout des gens qui y mettent de la passion et du soin.
A.R.