chornique de N. Razafilahy: Comme un pauvre qui s’endimanche

Suivi par des groupes de sensibilisation des citoyens, la société civile et les médias n’ont pas attendu longtemps pour dénoncer les dépenses « d’énormes sommes d’argent » pendant que « le peuple lui vit toujours dans une grande misère et rien n’est fait pour lui venir en aide. » Déjà, en ce qui concerne la répartition du budget entre les différents ministères, comme n’importe quel administré lucide Lily Razafimbelo se scandalise parce que pour «les secteurs sociaux comme l’éducation et la santé, l’augmentation est très minime alors celle de la pêche est de 204% d’augmentation. Au niveau de la présidence, c’est quand même 150% d’augmentation »

Pour résumer la journée d’hier en ce qui concerne le coup d’envoi du sommet, les dépêches de la presse font état d’« Opération cache-misère et intox. (…) de « Malaise ou indifférence. Pour la plupart des malgaches lambda, c’est l’un des deux sentiments qui prévalent vis-à-vis du sommet de la Francophonie » En toute honnêteté, il y a rien à blâmer quant aux objectifs visés par l’Organisation Internationale de la Francophonie, les observateurs sont unanimes pour constater que « ce ne sont pas les sujets concernant le monde francophone qui animent les débats : une série de mesures visant à occulter certaines facettes de la capitale, considérées comme peu présentables, sont pointées du doigt par la presse locale car elles viseraient les plus démunis. De nombreuses fausses informations circulent également. » Pour Michaëlle Jean et toute l’organisation, sous le signe de la «Croissance partagée et développement responsable : les conditions de la stabilité du monde et de l’espace francophone », ce sera «l’occasion d’illustrer la force de proposition et la force d’action de notre organisation.  Que ce soit en matière de développement économique équitable et durable, d’éducation, de coopération, de sécurité et de démocratie, ou encore du rôle et de la place des jeunes et des femmes, la Francophonie est un espace de toutes les possibilités et de toutes les solutions. »  Déjà du temps où Jacques Godfrain était ministre de la Coopération, le credo de la République Française était sans équivoque, transcrit noir sur blanc dans le livre écrit par ce membre du Conseil de surveillance de l’Agence Française de Développement (AFD) et titré « L’Afrique notre avenir ». On peut lire dans cette expression de l’Afro-optimisme : La Coopération française ne s’occupe pas seulement de construire des ponts et des sous-préfectures. Cette époque est révolue. Aujourd’hui, ce dont a besoin l’Afrique, c’est d’un appui institutionnel. Nous  devons lui faire gagner du temps sur le chemin de la démocratisation. Et cela passe aussi bien par l’harmonisation du droit des affaires ou la lutte contre la corruption que par…l’appui aux médias. En effet, si  la mise en place d’un cadre institutionnel, d’une justice, d’une police crée les conditions effectives  de l’Etat de  droit, celui-ci n’acquiert sa totale légitimité qu’avec la participation des citoyens. Espérons que le président Hery Rajaonari-

mampianina et ses courtisans sauront en prendre de la graine, parce qu’à force brandir qu’il faut patienter jusqu’au verdict de urnes pour 2018, lui et le parti HVM oublient  que « c’est seulement par la mise en œuvre de moyens variés et complémentaires, parfois ingrats, en tout cas de longue haleine, qu’on maintient l’ordre républicain et qu’on favorise ainsi l’exercice des libertés publiques. » Exit cette tendance perverse au népotisme corrompu à propos des exploitations minières en général et des trafics de l’or qui éclaboussent en particulier certains décideurs haut-placés.

A l’heure actuelle, malgré la pesanteur nocive et handicapante de la masse des  déficits des pratiques institutionnelles aussi bien que de la mauvaise santé de la régulation financière de l’Etat, la population active a toujours fait preuve d’une force et d’un courage admirable pour survivre. Elle est toutefois angoissée à l’idée d’avoir encore à supporter ce que l’opinion considère à l’unanimité comme «les dysfonctionnements et les aberrations de la gouvernance du pays.» Et les jugements des observateurs (même tendancieux)  sur le bilan à mi-mandat de la 4ème République ne sont pas tous faux. Pour eux « Force est de constater qu’aucun des trois pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire n’est à la hauteur de sa tâche. Ils véhiculent chacun un même déni de réalité, un même mépris de la loi, une même indifférence aux humains et un même degré de corruption, tous unanimement dénoncés à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.» Les plans de développements ressassés dans tous les discours n’avaient aucun effet sur l’économie réelle du pays. A force de déstabiliser par leur amateurisme et leurs maladresses les producteurs urbains et ruraux, les démarches officielles favorisent des espaces favorables à la violence et l’extrémisme. Les réactions destructrices se manifestent  d’ores et déjà par ces fréquentes et séries d’actes criminelles d’un banditisme cruel et les recours à la justice populaire. On ne peut donc que s’attendre à des prochaines crises sociales majeures. Le problème de ce régime trop influencé par les dérives institutionnelles du parti présidentiel HVM, c’est « le déni de réalité »  par le décalage entre les engagements constitutionnels des dirigeants et  le respect de la paroles donnée envers une population soumise aux multiples abus d’une classe politique  dirigeante pratiquement au-dessus des lois. C’est pourquoi, même au risque de se livrer à une ingérence légitime et  humanitaire, l’autorité morale des participants au XVIème Sommet de la Francophonie doivent faire sienne cette crainte de Jacques Godfrain qui avait écrit un jour : « Si notre coopération devrait se fonder sur le simple don, ne serait-elle pas une humiliation pour les pays qui la reçoivent ? » Il est convaincu également du fait que : « L’accès à une information de qualité, libre et  indépendante, est dès lors essentiel. Le débat ouvert est une des garanties de la consolidation de la démocratie. Il contribue à l’affermissement du paysage institutionnel. On ne parvient à l’Etat de droit en criant « élections, élections »… Suivez mon regard !

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