Doyen du corps diplomatique: L’ambassadeur Amar accusé de détournements !

Grosse stupeur hier dans les milieux diplomatiques et politiques de la capitale : Mohammed Amar, qui fut jusqu’à lundi dernier l’ambassadeur du Maroc et le doyen du corps diplomatique, est accusé par son gouvernement de détournements de fonds, d’ingérence dans les affaires intérieures de Madagascar et même de discrimination à l’égard des communautés malgaches non musulmanes. L’étonnement fut d’autant plus grand que Mohammed Amar était un personnage affable, courtois, serviable et qui respirait l’honnêteté. En tout cas depuis lundi, une mission d’inspecteurs marocains des finances est à l’œuvre à l’ambassade du Maroc à Ankorondrano, disséquant les pièces comptables et se livrant aussi à des investigations sur le comportement du diplomate déchu.

Mohammed Amar fut nommé à Antananarivo en 2005, dans le sillage du voyage effectué cette année-là par le chef d’Etat Marc Ravalomanana à Rabat. L’homme devait être remplacé au bout de quatre ans, mais en raison du « putsch » de 2009 et d’une situation politique compliquée, il fut maintenu par son gouvernement. D’autant que pendant la transition (2009-2014), il fut membre du groupe de contact qui a servi d’intermédiaires entre les groupes politiques malgaches. Il aurait dû quitter son poste avec la fin de la crise en 2014, mais son gouvernement l’a conservé afin de préparer la venue de la délégation royale annoncée pour le sommet de la Francophonie. Amère désillusion pour ce diplomate dont l’actuel sommet aurait dû constituer le pic de sa carrière, mais qui connaît à cette occasion une bien douloureuse disgrâce. Des accusations de détournements portées contre lui, on ne sait rien. Sauf qu’avant 2011, il avait organisé annuellement à l’hôtel Carlton une « Fête du Trône » très courue du Tout-Tana, et qui donnait du Maroc une image de fastes et de prospérité. Après 2011 et l’avènement d’un gouvernement islamiste modéré, cette fête chaleureuse et conviviale disparut comme par enchantement… S’était-il ingéré dans les affaires intérieures malgaches ? L’inculpation a certainement trait à sa prestation lors de la dernière cérémonie de vœux au palais d’Iavoloha. Au micro en effet, il aurait tenu des propos qui dénonçaient « l’esprit de mendicité du peuple malgache ». En fait, l’homme avait donné en exemple le Maroc qui « compte surtout sur ses propres forces et non sur l’assistance internationale ». Discourant d’ailleurs au titre de doyen du corps diplomatique, l’orateur a certainement pris en compte certaines tendances (notamment les principaux bailleurs) qui veulent voir Madagascar adopter une attitude plus responsable. A-t-il manifesté de la discrimination à l’endroit de certaines communautés malgaches ? On ne le dirait pas, quand on se penche sur les invités de la « Fête du Trône » ou sur les boursiers en partance pour le Maroc. Toutes les composantes de la nation y étaient représentées et apparemment aucune n’était lésée au bénéfice d’une autre. Mohammed Amar a certainement dû sa perte à ses déboires dans la quête d’un terrain pour les projets royaux à Antsirabe. L’homme s’est heurté aux ambitions électorales des uns et aux appétits politiques des autres, et fut finalement rejeté sur une parcelle contestée. D’où les menaces de manif à l’encontre du roi agitées actuellement par les « expropriés ». Mais ce diplomate étant particulièrement accablé au niveau des inculpations, on ne peut s’empêcher de dire ceci : il doit probablement sa mésaventure actuelle à une note verbale du gouvernement malgache, mécontent de sa prestation lors de la cérémonie déjà citée. Mais aussi aux récentes législatives du Maroc qui ont confirmé la prééminence de la nouvelle majorité islamiste. Homme de l’ancien régime, Mohammed Amar est l’objet d’une chasse aux sorcières…

Qu’adviendra-t-il de cet infortuné diplomate, surtout quand on songe à ce Maroc qui a beaucoup gardé de ses « années de plomb » ? L’homme sera peut-être livré à la DST qui compte encore la torture parmi sa panoplie. Puis il terminera (ses jours ?) au sinistre bagne de Tazmamart, aux confins du Sahara. Pour quelqu’un qui a évolué parmi nous pendant onze ans, voilà une fin qui glace le sang… Quant à nous, nous garderons de Mohammed Amar  le vivace souvenir suivant : un Malgache de cœur qui a donné ici une très bonne image du Maroc.

         Adelson RAZAFY

Commentaires   

+1 #1 solenne 24-11-2016 08:34
C'est mal connaitre l'homme... le journalisme malgache comme toujours ne fait qu'un jugement de surface. Fouillez un peu, c'est cela le vrai travail du journaliste et non juste une plume, vous trouverez beaucoup à dire sur cet ancien ambassadeur du Maroc Mohammed Amar.
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