EDITO: La déconcentration, une « coquille vide »

65% du budget dédié à la santé seront gérés par le ministère central en 2017, d’après les données du projet de loi de finances. Dans ses recommandations sur ce projet de loi et les secteurs de la santé et de l’éducation, la société civile parle ainsi d’une déconcentration qui demeure « une coquille vide ». Outre la part très importante du ministère central, le niveau intermédiaire de ce département accapare également 30% du budget. La société civile parle ainsi de « miettes », soit 5% pour les entités de la périphérie ou de proximité. Il s’agit des petits centres de santé de base. Comme quoi, cette situation reflète le contexte global en matière de déconcentration et de décentralisation. Pour la décentralisation, le niveau central accapare 95% du budget, contre 5% pour les collectivités décentralisées, soit pour les communes et les régions. Parler de croissance inclusive et partagée est donc une illusion, alors que c’est l’une des lignes directrices du projet de loi de finances 2017. Il en est de même de la déconcentration. Mais à la lumière de ce que l’on observe dans le secteur de la santé, cette déconcentration est encore loin de prendre forme. Entre ce que les dirigeants annoncent et ce qu’ils entendent réaliser de manière concrète, il y a donc un écart.

Comme quoi, la volonté politique est là mais elle n’est pas encore assortie d’efforts assez conséquents pour être crédible. Sinon, la société civile relève des incohérences parmi les indicateurs de performance. Dans ses recommandations, elle précise : « La lecture du document de performances annuelles du ministère de la Santé suscite des interrogations en raison de plusieurs valeurs qui sont égales à 0. Ne pouvant raisonnablement pas s’agir d’indicateurs plausibles, le ministère devra corriger ces erreurs. De plus, la très faible amélioration des indicateurs – voire leur stagnation – est inquiétante et appelle des efforts dans la mobilisation optimale des ressources financières, matérielles et humaines existantes, dans l’efficacité de l’exécution et du suivi ». La société civile remarque également une capacité budgétaire insuffisante face aux besoins. En effet, le Plan de développement du secteur santé (PDSS 2015-2019) présente un besoin de financement 3 fois supérieur à celui octroyé par le Cadre budgétaire à moyen terme (CBMT 2017-2019). Or, ce plan avance un scénario normal qui vise à réduire de 1/3 les taux de mortalité maternelle et infantile. Le grand écart entre le besoin en financement du PDSS et le budget à allouer au secteur selon le CBMT ne pourra que compromettre l’objectif défini par ce plan.

Et sur terrain, les conséquences risquent d’être désastreuses. Autrement dit, de nombreux mères et enfants en bas âge continueront de mourir, faute de prise en charge ! D’ailleurs, « le budget total alloué à la santé s’amenuise d’année en année, s’éloignant progressivement des exigences de 15% du budget national de la déclaration d’Abuja signée par Madagascar. La part du budget alloué au ministère de la Santé par rapport au budget général a diminué de 6,1% (Loi de finances rectificative 2016) à 5,5% (projet de loi de finances 2017), 4,6% (2018) et à 5,3% pour 2019 », remarque la société civile. La santé, une priorité de l’Etat ? La question se pose et la réponse est apparemment non au vu de l’évolution du budget dédié à ce secteur.

Fanjanarivo

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