1896-1960 : pour une indemnisation de Madagascar par la France (87ème partie)
La présente chronique qui milite en faveur d’une indemnisation de Madagascar par la France, en raison des crimes coloniaux, dérange fortement les autorités françaises qui préfèrent pourtant ne pas répondre pour éviter de jeter de l’huile sur le feu. Si la France se réfugie dans un silence assourdissant, c’est parce qu’elle n’a pas d’arguments sérieux à avancer.
En premier lieu, pour sa défense, la France pourrait être tentée de sous-estimer le nombre de morts. L’état-major de l’armée française et une mission d’information de l’Assemblée de l’Union Française ont retenu que la répression de 1947 à Madagascar a fait 89.000 morts mais non pas 200.000 tués. Ce chiffre minima, contestable car fourni par les autorités françaises, ne prend pas en compte les victimes mortes de faim ou décédées des suites de leurs blessures. En supposant que l’on retienne les 89.000 morts, cela fait 89.000 victimes de trop, sachant qu’elles se sont battues pour une cause juste et légitime, à savoir l’indépendance de Madagascar.
En second lieu, pour sa défense, la France ne peut pas soutenir qu’un procès équitable s’est tenu à la suite des évènements tragique de 1947. L’armée française a bien tué 200.000 malgaches. Pourtant, aucun responsable civil et militaire français n’a été traduit en justice. Au terme d’un procès fantoche qui a eu lieu en juillet 1948, les députés malgaches Joseph Raseta, Joseph Ravoahangy Andrianavalona et Jacques Rabemananjara du parti MDRM ont été condamnés à mort. C’est le monde à l’envers. La France coloniale a organisé le procès des victimes mais non pas celui des criminels. Les véritables assassins n’ont pas été inquiétés.
Il ne s’agit pas ici de remettre en cause toute la période coloniale mais de mettre en évidence des crimes de sang qui n’ont pas fait l’objet d’une juste réparation. La France contemporaine clame vengeance pour les assassins de Charlie Hebdo et du Bataclan. C’est aussi légitime que le fait que Madagascar réclame justice pour le génocide de 1947. Malheureusement, les participants au Sommet de la Francophonie éviteront la question des dédommagements des crimes coloniaux commis par la France car la règle non écrite est d’éluder les questions qui fâchent et de rester dans le politiquement correct.
Ranary et Fabrice