Pertes en électricité de la Jirama: Plus de la moitié des subventions !
Rien que pour les pertes provenant de l’écart entre la production et la consommation d’électricité, le chiffre est astronomique. Sur les 8 premiers mois de cette année, la Jirama a enregistré 362 263 MW de perte si l’on se réfère aux données du Tableau de bord économique (TBE, octobre 2016) de l’Institut national de la statistique (INSTAT). Les pertes ont été de 344 775 MW sur la même période en 2015. Calculées avec le prix moyen de cette année (396 Ar/kWh), elles s’élèvent à plus de 143,4 milliards Ar, contre 131,3 milliards Ar en 2015 où le prix moyen a été de 381 Ar/kWh. Malgré la hausse des tarifs donc, les pertes ne cessent d’augmenter, contrairement à ce que les autorités concernées ont avancé. Elles peuvent être issues de la vétusté des infrastructures de distribution, des vols d’électricité en tous genres… Pire, elles dépassent la moitié des subventions allouées à la Jirama pour cette année. Car outre les 240 milliards Ar prévus dans la loi de finances, une rallonge de 60 milliards Ar a été accordée à la Jirama dans la loi de finances rectificative. Ainsi, la moitié des subventions est de 120 milliards Ar, alors que les pertes de la Jirama pour les 8 premiers mois de cette année dépassent les 143 milliards Ar.
Et on doit y ajouter d’autres pertes parce que la Jirama continue à vendre à perte. Une bonne partie de l’électricité qu’elle distribue provient du secteur privé et ce dernier affiche en général des prix supérieurs aux prix de vente. Comme quoi, les pertes dépassent allègrement le montant des subventions de la Jirama. Seulement, aucun chiffre officiel n’est publié à ce sujet. Cette opacité est facilitée par les statuts de cette société toujours régie par l’ordonnance de 1975, rendue obsolète par la loi sur les sociétés commerciales de 2004. Ce qui veut dire que depuis plus de 10 ans, la Jirama évolue comme un hors-la-loi ! Le changement de statuts a été évoqué depuis 2014. Mais depuis, cette opération n’a pas abouti à quelque chose de concret. Pareil pour l’audit de gestion et des contrats que la société a passés avec des entreprises privées (loueurs de groupes, producteurs d’électricité, fournisseurs de carburant…) Cette grosse lenteur dans le redressement de la Jirama accroît les pertes et oblige l’Etat à continuer à subvenir aux besoins de cette entreprise. Pour 2017, il est question de réduire les subventions pour les ramener à 250 milliards Ar. Mais ce n’est pas pour la première fois que l’Etat fait une telle promesse. Il l’a déjà fait à plusieurs reprises sans y parvenir. Au contraire ! Les subventions ne cessent d’augmenter d’année en année. Rien que sous la transition, elles auraient pu financer la construction de 13 centrales hydroélectriques de la taille de celle de Sahanivotry, soit 195 MW au total ou une puissance nettement supérieure à celle d’Andekaleka, la plus grande centrale hydroélectrique du pays.
Malgré tout, l’Etat s’entête à continuer une politique qui ne réussit pas à la Jirama et spolie les contribuables. Car si la capitale souffre des délestages par intermittence, ce problème est le lot quotidien de la quasi-totalité des localités autres desservies par cette société. Les délestages sont sources de problèmes socioéconomiques divers et constituent une entrave à la relance de l’économie et de l’investissement, notamment dans les secteurs énergivores comme les mines, l’industrie lourde.
Fanjanarivo