Sommet de la francophonie: Le top de la qualité face à la misère des Malagasy
«Extraordinaire, du jamais vu… » Les qualificatifs pour juger l’accueil du sommet de la francophonie et les infrastructures y afférentes abondent. Les hauts responsables de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) dont Malick Sarr, représentant permanente de l’OIF à Madagascar, Michaëlle Jean, secrétaire générale de l’OIF, ou encore le président de la république malagasy Hery Rajaonarimampianina ne tarissent pas d’éloges sur le sujet. Ils parlent également des retombées socioéconomiques positives pour Madagascar. Soit. Mais dans le projet de loi de finances 2017, il est fait mention de l’essor de quelques secteurs (transport, tourisme et BTP) dans le sillage du sommet. Particulièrement pour le BTP dont la croissance est prévue à 10% en 2017, il va doper le secteur tertiaire. Ainsi, la croissance économique devrait passer de 3,1% en 2016 à 4,1% en 2017. Cette modeste progression de 1% est similaire à celle des Etats subsahariens fragiles qui eux, ne reçoivent pas des sommets internationaux. Autrement dit, si les répercussions du sommet de la francophonie sont telles qu’elles sont annoncées, la Grande Ile devrait afficher une croissance nettement plus vigoureuse que ces Etats qui sont dans la même situation de fragilité qu’elle.
Mais ce n’est pas le cas. Or, l’organisation de cette rencontre vaut 25 milliards Ar à l’Etat malagasy. C’est l’équivalent du revenu quotidien (moins de 1,25 dollar/jour) de plus de 6 millions de Malagasy vivant dans l’extrême pauvreté. A titre de rappel, près de 8 Malagasy sur 10 ou environ 19,2 millions de la population sur les 25 millions survivent dans cette misère noire. Si le sommet tient les promesses formulées par les responsables cités plus haut, il devrait contribuer à inverser la tendance, rien qu’en matière d’extrême pauvreté. Mais une fois de plus, ce n’est pas le cas si l’on se penche sur les dépenses engagées pour ce sommet et les retombées en matière de lutte contre la pauvreté. Pire, le gouvernement opte pour une lutte contre les pauvres : il cache la misère d’une multitude de Tananariviens avec des mesures comme l’interdiction pour les charrettes de circuler, pour les marchands de trottoirs de déguerpir de leurs endroits habituels… D’aucuns savent toutefois que la prolifération des petits marchands est synonyme de l’appauvrissement de la population. Concernant les nouvelles infrastructures dédiées au sommet, il faudra attendre pour voir ce qu’il en sera vraiment.
Dès les premières trombes de pluies en effet, la nouvelle route de la francophonie a connu d’importants dégâts, il y a quelques semaines de cela. Si les autorités ont parlé d’une infrastructure en cours de travaux, des techniciens du BTP ont remarqué la mauvaise qualité du remblai. Or, sur les 53,3 milliards Ar dépensés pour les nouvelles infrastructures de la francophonie, 46,5 milliards ont été empruntés auprès des Chinois. Il s’agit d’argent à rembourser par les générations futures. Sur les réseaux sociaux, cette route est surnommée « lalana bonbon voanjo » (ou route en bonbon de pistache) à cause de sa qualité apparemment mauvaise. Elle devrait encore recevoir une autre couche de goudron mais il faudra attendre pour l’effectivité de ce travail. Pour l’heure, même si la misère des Tananariviens est cachée soigneusement par les dirigeants, la situation de pauvreté est critique. Dans une étude sur l’urbanisation datée de 2011, la Banque mondiale souligne : «L’économie démographique des villes est à deux vitesses : une minorité privilégiée qui bénéficie de conditions de vie décentes et une majorité qui s’enlise dans la pauvreté, voire la misère extrême ». Depuis 2011, la situation ne cesse de s’aggraver.
Fanjanarivo