chronique de N. Razafilahy: Des députés comme des putes en délire

Heureusement pour les pauvres électeurs de ces élus du peuple qui ne savent pas  se comporter comme d’honorables parlementaires, les débats de la séance plénière  de l’après-midi d’hier n’ont pas été retransmis en direct. Le spectacle de ces députés qui se chamaillaient à deux doigts de se prendre par le col et du pugilat ne fait pas honneur à l’institution de la République. A l’ordre du  jour, il était question d’adopter après les votes l’amendement relatif à la dotation d’un véhicule 4X4 pour chaque député afin de permettre à ces derniers de faire face à leurs obligations envers leurs électeurs. Tout le reste n’était qu’une question d’allégeance partisane envers l’exécutif.

Jusqu’à la fin des échanges de réparties verbales hier, les débats étaient houleux et les arguments avancés de part et d’autres frisaient les invectives, sous les yeux amusés du ministre Gervais Rakotomanana et de ses proches collaborateurs trop contents de voir les  locataires de Tsimbazaza se quereller de la sorte, oubliant un moment de s’en prendre à eux. L’amendement qui opposait les uns aux autres a été adopté en commission avant d’être soumis à l’approbation de la séance plénière. Ce qui suppose déjà que toutes les dispositions préliminaires au niveau des commissions furent respectées dans les règles. Mais comme tout le monde le sait, les voisins des « babakoto » du Parc de Tsimbazaza trouvent toujours les moyens de se singulariser dans l’exercice de leurs fonctions de législateurs. Et ce  n’est pas aujourd’hui qu’ils vont déroger à leurs mauvaises habitudes. Bien avant que ces débats d’hier ne passent dans la grande salle du Palais de l’Assemblée Nationale, les rumeurs et les insinuations les plus inimaginables annonçaient déjà que les  débats  sur l’octroi souhaité de véhicule ne manqueront pas  de créer des remous.  Lors de la séance de présentation de la Loi de Finances 2017, devant la prétention des parlementaires à propos de la dotation en véhicule, l’Argentier n’a pas oublié d’avancer qu’ «Avec les moyens actuels, l’Etat ne peut pas se  permettre d’acheter des véhicules 4X4 aux députés. » Dès le départ donc, sous prétexte d’éviter  une hausse du montant des dépenses sans qu’on ait pu prévoir une recette susceptible d’équilibrer les rubriques proposées dans cette Loi de Finances, le ministre des  Finances  et du Budget s’est montré réticent. Ayant devancé les graves révélations l’Organisation de la Société Civile épaulée par les limiers de  Transparency International, des députés très remontés et à la fois déçus par ce qu’ils croient être une manifestation de la mauvaise foi d’un exécutif qui n’hésitent pas à consacrer pour la francophonie et surtout pour la panache une ligne budgétaire assez consistante, or selon la révélation de Fanjanarivo, «l’organisation de cette rencontre vaut 25 milliards d’Ariary ». Auxquels, selon la même source, il faut ajouter également que « pour les nouvelles infrastructures de la francophonie 46,5 milliards ont été empruntés auprès des chinois. Il s’agit d’argent à rembourser par les  générations futures… » Dans quelles conditions une telle enveloppe de ce volume a été négociée ? Mystère et boules de gomme.

Au cours de cette période des premières prises de bec avec les hommes d’Antaninarenina et les quelques députés favorables à ce qu’ils croyaient être des droits acquis, parce que leurs prédécesseurs en furent bénéficiaire depuis l’époque de feu Me Francisque Ravony, Premier ministre Chef de gouvernement, à l’appui de leurs exigences, les élus faisaient aussi allusion à des fantomatiques acquisitions de plusieurs voitures dont ils ignoraient leurs destinataires finaux. Certains même n’hésitaient à confier sous le sceau des confidences les cas  de midinettes et de membres de cabinet qui, dans des ministères pouvaient disposer de voitures luxueuses (au nom d’un clientélisme politique qu’il y a lieu de gâter en prévision des futures campagnes électorales).  Ils rejoignent ainsi les observateurs qui, tout en prenant pour un caprice des élus le rêve de devenir propriétaire d’une voiture tout terrain affirment en connaissance de cause « Pour légiférer, nul besoin de 4x4 ni d’indemnités faramineuses ; par contre, leur présence à tous à l’Assemblée nationale est indispensable au bon fonctionnement du pouvoir législatif. » Ils déplorent surtout  que « les institutions censées jouer le rôle de contre-pouvoir se détournent de leurs véritables missions. L’Assemblée nationale se fait plutôt l’avocat de l’exécutif, si elle ne se vend au plus offrant, et souffle ainsi le chaud et le froid (…) » Constat qu’hier, à cause de lourds suspicions à l’endroit de leurs pairs zélateurs inconditionnels du régime en place se sont acharnés pour récuser la démarche intentionnellement diabolisée au détriment de Christine Razanamahasoa et Michèle Ratsivalaka (se plaignant particulièrement d’avoir  toutes les misères du monde pour se consacrer aux volet social de son militantisme en l’absence d’un moyen de transport approprié) en première ligne et consorts. Face aux vociférations provocatrices et pleines de suffisance du député Nicolas déterminé à montrer de quel côté se trouve son alignement politicien du moment, ceux d’en face n’en menait pas large. Dégoûtés et scandalisés par la tournure prise par les  débats qui purement et simplement n’ont pas tenu compte des votes favorables à l’amendement en question avec  20 voix contre et 22 pour au début, suivi de 16 voix contre et 20 pour à la seconde consultation. Puis ce fut un charivari tumultueux qui se terminera par l’adoption du refus de l’amendement…en l’absence des artisans de la proposition qui ont quitté la salle à la grande  joie des parlementaires adeptes de la courtisanerie veule de cette belle époque de la mauvaise gouvernance. En prêtant serment de servir le pays et les habitants de  cette île il n’a  jamais été question que : « Le président de la République s’ingère dans tous les secteurs, faisant fi des attributions des départements ministériels et des procédures, s’arrogeant le droit de déterminer – seul – les priorités, aux dépens de la population et de l’économie. » ¨Pourtant que voyons-nous ?

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