Absent lors du somme: Le roi quitte le pays précipitamment

Expédié en moins de 24 heures, le sommet des chefs d’Etat de la Francophonie ne laissera pas un souvenir impérissable. D’abord car il y eut peu d’authentiques chefs d’Etats, seulement une douzaine, alors qu’on en a annoncé trente. Ensuite car les réunions ont manqué de transparence et les résolutions furent vagues et sans consistance. On en retiendra surtout un épisode curieux : le départ précipité du roi du Maroc Mohammed VI à la veille du sommet, alors qu’il était venu pour participer aux travaux. Selon Michaelle Jean, secrétaire générale de la Francophonie, la raison en est que  le roi du Maroc n’a pas pour habitude d’assister aux sommets. On en doute quand on sait qu’aux conférences sur le changement climatique dites Cop 21 (Paris) et Cop 22 (Marrakech), le souverain était présent dans la salle et est monté à la tribune.

Le motif le plus plausible est celui avancé par radio RFI : une copie du discours du ministre algérien des Affaires étrangères a circulé lors du sommet d’Antananarivo, annonçant la volonté de la diplomatie algérienne de reprendre l’initiative en organisant un forum des investisseurs. Puis en rappelant que la reine de Madagascar Ranavalona III a été exilée à Alger et y est décédée en 1917. C’était concurrencer le Maroc qui envoie partout en Afrique ses hommes d’affaires pour nouer des partenariats (une centaine ont fait partie de la délégation marocaine au sommet d’Antananarivo), et dont le souverain est venu à Madagascar en pèlerinage à Antsirabe, en souvenir de son grand-père Mohammed V exilé naguère dans cette ville. Notons que l’Algérie était représentée au sommet d’Antananarivo par son ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra, diplomate considéré par Rabat comme « constamment hostile aux positions du Maroc ». L’affaire qui divise les deux pays : le Maroc ayant en 1975 annexé l’ex-Sahara espagnol, l’Algérie soutient le mouvement de libération (dit Polisario) de ce territoire et héberge son gouvernement en exil.

Soit, mais qui sait, Mohammed VI, discret et timide dit-on, a peut-être aussi vécu ici des évènements qui ont rendu insupportable son séjour malgache. A la suite d’une addition de contrariétés, l’affaire du diplomate algérien était peut-être la goutte d’eau qui a fait déborder le vase… Citons  d’abord Antsirabe qu’il croyait accueillant à son endroit et où un mouvement hostile à sa personne s’est manifesté. Le fait est dû aux familles résidant sur la parcelle où le roi entendait ériger ses projets humanitaires, et qui ont été expropriées. Gérant maladroitement l’affaire, les autorités malgaches ont bouleversé l’agenda royal en reculant d’une journée l’inauguration. Pour tuer dans l’œuf la « manif », les meneurs ont été arrêtés chez eux la nuit, ce qui a été porté à la connaissance du roi. Notons aussi l’affaire des détournements de fonds perpétrés par l’ambassadeur du Maroc à Antananarivo, et qui a éclaté avec bruit lors du séjour royal dans l’île. Le roi aurait été choqué par l’épisode, d’autant que le délit reproché au diplomate donnait du Maroc une image  de sous-développement et de corruption. Citons également l’épisode de mardi dernier, où pris dans un embouteillage monstre à Isoraka, Mohammed VI s’est soustrait à la canicule qui régnait dans son véhicule en sortant et en faisant le reste du trajet à pied. Dernier incident qui a déplu au roi : les chefs d’Etat d’Afrique noire ont transité à Malabo (Guinée Equatoriale), où se tenait un sommet Afrique-Monde Arabe, avant de rejoindre Antananarivo. Mais un drapeau du Polisario ayant été accroché dans la salle, le Maroc s’est retiré de la conférence suivi par les délégués d’autres pays arabes. Mais pas les représentants d’Afrique noire, lesquels ont mis le cap sur Antananarivo avec peut-être un sentiment de sympathie pour le Polisario…

Cette avalanche d’incidents a peut-être fortement affecté le moral du roi, lequel a décidé brusquement de prendre le large.

Adelson RAZAFY

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